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L'Aire du Patrimoine régional du Bandé,
une première en matière de conservation de la
nature
et de développement économique
Des deux sites où le programme est expérimenté au Sénégal, le bas delta du fleuve (Région de Saint-Louis) et le département de Kedougou (Région de Tambacounda), les populations de ce dernier furent celles les plus promptes à réagir. Moins de six mois après avoir pris connaissance du document de présentation, un comité d’étude était constitué qui, en une semaine, se rendit dans 20 villages afin d’en consulter les autorités civiles et coutumières, sur les sites qu’elles souhaitaient classer en Aires du Patrimoine communautaire, leurs priorités socio-écomiques et leurs besoins de formations.
La rapidité
de la démarche s’avère d’autant
plus remarquable que le contexte était, à plusieurs
titres, particulièrement difficile et délicat.
En effet, d’une part le secteur s’étend
sur près de 400 km2 de collines escarpées
où la plupart des villages ne sont accessibles qu’à
pied, certains d’entre eux à plus de 2 heures
de marche de la piste. D’autre part, la population se
compose d’une majorité peule et d’une minorité
bedik. Or, les Bedik nourrissent encore un certain antagonisme
envers les Peuls qui, autrefois, les ont conduit à
se réfugier sur les hauteurs afin d’échapper
à l’islamisation d’une Djihad meurtrière.
Néanmoins, de part et d’autre, tous ont accueilli
le programme et répondu à l’enquête
avec le même intérêt.
Ainsi, sur les 53
propositions
de classement en Aires du Patrimoine communautaire, les 9
communautés bedik et les 10 communautés peul
ont désigné pratiquement le même nombre
de sites, témoignant d’une égale volonté
de sauvegarder leur patrimoine naturel et culturel. Le plus
inattendu fut la demande spontanée de la sauvegarde
du même cours d’eau, la source et l’amont
par le village bedik d’Iwol, l’aval par le village
peul d’Ibel, témoignant qu’une ressource
partagée peut parfois aider à vaincre les clivages.
L’ensemble constitue désormais l’Aire du
Patrimoine régional du Bandé, la première
en son genre.
Les premiers travaux, destinés à répondre
aux priorités formulées lors de l’enquête,
ont débuté avant même que le processus
de classement soit achevé. Les plus urgents étaient
l’adduction d’eau de deux villages bedik dont
les puits étaient taris ou hors d’usage. Cela
obligeait les femmes à descendre au bas de la colline
afin de venir puiser au forage le plus proche. Le programme
EDF-Access a entrepris aussitôt l’étude
d’un pompage photovoltaïque.
Toujours dans le but d’alléger le travail des femmes, des moulins à fonio seront fournis. Le fonio, qui constitue un aliment de base dans la région, est une céréale minuscule ayant la particularité d’être difficile à récolter et plus encore à préparer. Par ailleurs, EDF-Access, en partenariat avec l’ADEME, prévoit d’expérimenter dans l’une des communautés du secteur un nouveau moulin à céréales fonctionnant à l’énergie solaire.
Par ailleurs, le programme avait besoin d’une enseigne qui soit aussi un centre d’accueil et d’information, mais également une vitrine pour les productions locales. Sur la piste de Kedougou, le campement touristique Le Bedik fut choisi pour son installation. Tenu par une jeune femme bedik, il se situe à l’entrée de l’Aire du Patrimoine régional. Une grande case y a été construite où les artisans et producteurs pourront exposer et vendre leurs vanneries, poteries, du karité et du fonio prêt à l’emploi, l’énergie solaire y sera installée. Dans le même temps, des travaux ont été réalisés pour la rénovation du campement et son équipement en éclairage solaire.
Toutes les priorités et autres demandes exprimées lors de l’enquête préliminaire seront prises en compte en fonction de leur degré d’urgence. Des synergies sont établies dans ce but avec les organismes nationaux et internationaux qui interviennent dans la région.
Le programme étant appelé à s’étendre dans le département, une première action a été entreprise également en faveur des Bassaris, une autre ethnie minoritaire établie à l’Ouest de l’Aire du Patrimoine régional du Bandé. L’atelier de transformation du fonio d’un groupement de femmes bassaris, installé à Kedougou, sera réhabilité et doté d’un moulin.
Toutefois, il est probable que la seconde Aire du Patrimoine régional sera créée auparavant, aux alentours de Dindefelo. Ce village ne se situe qu’à une vingtaine de kilomètres plus au Sud, sur la frontière de Guinée. Or Dindefelo fut l’une des toutes premières communautés à ériger en Aire du Patrimoine communautaire une cascade et la galerie forestière y conduisant qui se trouvent sur son territoire.
En procédant ainsi de proche en proche, tant vers l’Ouest que vers l’Est, au fur et à mesure du développement du programme, il devrait être possible de créer un vaste espace couvrant une grande partie du Sud du département. Toutefois l’objectif final est encore plus ambitieux. En effet, le projet prévoit de déborder en Guinée et au Mali afin de créer une, ou plusieurs, Aires du Patrimoine transfrontalier.
Considérant la rapidité avec laquelle s’est créée la première Aire du Patrimoine régional et son cortège d’Aires du Patrimoine communautaire, il est sans doute encore trop tôt pour préjuger de leur succès. Cependant, d’ores et déjà, la démarche a mis en évidence la volonté et le ferme engagement des administrations régionales et des communautés locales à prendre en charge la gestion de leur environnement naturel et culturel.
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