L’Aire du Patrimoine Régional des 3 Marigots au Sénégal
Associer conservation, culture et développement durable
La création de réserves naturelles et parcs nationaux a augmenté, mais ne suffit pas à enrayer la perte de diversité biologique. Ces réserves contraignent souvent le développement économique indispensable pour que les populations subviennent à leurs besoins, et sont généralement perçues par les communautés comme une confiscation par l’État des ressources essentielles.
Les communautés humaines sont souvent attachées à un site particulier de leur terroir : lieux sacrés, emplacement d’un événement historique ou légendaire, voire simplement un paysage remarquable. Ainsi, l’une des réponses au problème crucial de la conservation de la biodiversité est de considérer désormais les cultures humaines comme parties intégrantes et indissociables de cette diversité et de les intégrer comme telles aux programmes de sauvegarde, en préservant les racines culturelles des communautés humaines, leurs savoirs et savoir-faire.
L’Aire du Patrimoine Régionale des Trois Marigots : un territoire exceptionnel à protéger
Inondés par le fleuve Sénégal que sa richesse fit classer en Réserve spéciale de Faune, les Trois Marigots se situent dans son delta, en amont de la lagune de Saint-Louis.
Depuis 1960, cet écosystème a été profondément perturbé par divers aménagements hydrauliques, ce qui a provoqué une baisse du niveau des eaux et la salinisation des champs maraîchers, principale activité économique des populations riveraines.
18 communautés villageoises se sont regroupées pour proposer que 22 sites naturels et 34 sites culturels, qui s’étendent sur plus de 2 100 ha, soient classés en Aire du Patrimoine Régional.
Mettre la population au cœur du dispositif
Dans le cadre de l’Aire du Patrimoine Régional, les villageois se sont concertés pour identifier les principales actions qui leur permettront de concilier développement économique et préservation de leur environnement. Ce sont des comités villageois de développement qui désignent et gèrent les sites culturels et naturels à protéger, décident des priorités socio-économiques et mobilisent les populations pour rendre effective leur participation. Ce mode de gestion « participatif » est un moyen de pallier le risque de désengagement des populations dans la sauvegarde de leur patrimoine.
Parmi les actions engagées, la création de bois villageois a été décidée par la population afin d’assurer l’approvisionnement régulier des villages en combustible sans compromettre la ressource en bois qui est déjà rare et précieuse.
Pour assurer le développement économique local, l’approvisionnement en énergie des écoles, postes de santé, pôles artisanaux et stations de pompage est indispensable. L’installation d’éoliennes familiales permettra d’assurer ces besoins tout en procurant une autonomie énergétique aux communautés. Enfin, la création d’une banque d’épargne et de crédit devra permettre aux villageois, particulièrement aux femmes, de développer le commerce local, qui fait encore défaut dans cette zone.