fondation nicolas hulot pour la nature et l'homme

la fondation

 

Fonder les régulations sur de nouveaux principes

Nos outils économiques ne prennent pas en compte les ressources naturelles. Nous utilisons de l’eau, des sols, des métaux, de l’énergie, mais le prix de la constitution de ces ressources n’apparaît jamais sur nos factures. Nous payons uniquement le travail et les rentes liées à leur extraction, leur transport, leur transformation, leur commercialisation, au marketing, à la publicité, mais jamais le prix de la quantité de ressources utilisées, c’est-à-dire, in fine, celui de leur rareté que notre utilisation accentue.

Nous bénéficions, par ailleurs, de nombreux services du fait même du fonctionnement des écosystèmes. Ces services écologiques, pour la plupart vitaux, n’ont pas de prix en soi. Ainsi, nous ne payons rien pour le cycle de l’eau, la stabilité du climat, l’existence d’un océan propice à la vie, la photosynthèse ou pour prendre un exemple plus souvent cité, l’action des abeilles et autres pollinisateurs indispensable à la reproduction de très nombreuses plantes à la base de notre alimentation. En l’état actuel, rien n’incite donc les agents économiques à prendre en compte à temps la raréfaction des ressources naturelles ou à comprendre - donc préserver - le rôle des services écologiques .

Il est, aujourd’hui, essentiel de bien comprendre et d’affirmer que la préservation des ressources naturelles et des services écologiques, qui fondent la prospérité - voire la survie - de demain relève de la défense de l’intérêt général, c’est-à-dire du rôle des autorités publiques.

Il s’agit tout d’abord de réaffirmer la légitimité des autorités publiques démocratiquement élues à réguler l’économie de marché afin de garantir l’intérêt général.

Elles disposent, pour cela, d’outils de régulations (monnaie, normes, règlements, budget, fiscalité et prélèvements obligatoires) grâce auxquels elles peuvent orienter les choix le comportement des acteurs économiques. Nous proposons de fonder ces régulations sur des principes nouveaux pour que les acteurs économiques s’orientent vers la préservation de la nature et non vers sa destruction :

  •  Basculer certaines régulations pour qu’au lieu de peser sur le travail, elles pèsent sur les consommations de ressources naturelles.

Quand notre système économique s’est construit, les ressources étaient perçues comme illimitées et le travail humain comme un facteur limitant. L’essentiel des règles encadrant les activités humaines s’est donc focalisé sur l’économie de main-d’oeuvre sans tenir compte des ressources naturelles utilisées. Cette logique s’est aujourd’hui inversée.  La main-d’œuvre  est abondante  tandis  que  les  ressources  naturelles se raréfient. Il nous faut donc inverser la tendance. Nous proposons pour cela de basculer les régulations afin qu’au lieu de peser prioritairement sur le travail elles reposent d’abord sur les « consommations de nature ». La performance économique ne reposerait plus sur la destruction de la nature mais sur sa préservation. L’emploi serait, de plus, favorisé.

  •  Organiser le découplage entre les résultats des activités économiques et leur consommation de ressources.

Selon les règles du jeu économiques actuelles, les résultats d'une activité sont d'autant meilleurs que cette activité consomme ou détruit des ressources naturelles. Confrontés à la raréfaction des ressources renouvelables ou non de la planète, il faut, aujourd’hui, organiser le découplage entre les résultats des activités économiques et leur consommation de ressources.
Deux exemples : les sociétés chargées de vendre de l'eau font d'autant plus de bénéfices que la quantité d’eau vendue est importante. Il s’agit de promouvoir des règles contractuelles afin que ces sociétés soient rémunérées pour la qualité du service rendu, y compris le moindre gaspillage. De même, plus les fournisseurs d'énergie vendent d'énergie plus ils gagnent d'argent. Il faut changer les règles de façon à ce qu’ils gagnent de l’argent quand leurs consommateurs deviennent de plus en plus économes.

Concrètement, ce découplage peut se réaliser par le biais de la fiscalité croissante sur les "prélèvements" de ressources naturelles mais aussi par la mise en oeuvre de contrats de performance ou d’intéressement. Il existe déjà des exemples de mise en œuvre de ces principes. Il s’agit maintenant d’en faire la règle générale.

 

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