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Bilan et analyse du texte de la COP20

De la décision de Lima à un accord ambitieux à Paris : beaucoup reste à faire !

Tout reste à faire pour que l'accord de Paris 2015 ait une chance d'aboutir. A Lima, si un accord a finalement pu être trouvé, les points fondamentaux - contenu et évaluation des contributions nationales (dont la synthèse ne sera faite qu'en novembre 2015 dont très tardivement !), financement, renforcement de l'ambition pré 2020 - n'ont pas connu d'avancées majeures. On ne peut pourtant plus prendre de temps: l'urgence climatique et notre responsabilité vis à vis des populations les plus affectées nous imposent de basculer vers l'action et un agenda des solutions mobilisant tous les acteurs dont la société civile.

 

Le texte adopté à Lima fait 4 pages (plus une annexe détaillée reprenant le document de travail qui pose les options possibles pour l'accord de Paris).

 Analyse et Bilan COP20

L'accord de Lima a-t-il remis le monde sur la route d'un réchauffement limité à + 2°C ? Non.

On reste pour l'instant sur une trajectoire qui va vers + 3 à + 4°C. Les pays ont cependant acté l'écart « très préoccupant » entre la tendance actuelle et ce qu'il faudrait faire comme efforts supplémentaires.

Rappel : se limiter à + 2°C signifie se mettre sur des scénarios qui réduisent de 40 % à 70 % les émissions d'ici à  2050. Tous les pays doivent donc augmenter leurs efforts.

 

Les Pays ont-ils fait tout ce qu'il faut pour arriver à un texte ambitieux ? Non. Le fossé s'est même creusé entre Pays développés et les autres, notamment l'Afrique. Il faudra travailler à réduire cet écart d'ici Pais.

Mais le fragile équilibre entre les 195 Pays n'est pas rompu et l'échec a été évité. Pour qui prend le temps de le lire, le texte de Lima n'est pas vide.


Quelques dates claires ont été actées ou confirmées :

-       remise des contributions nationales (INDC) avant fin mars 2015 (pour les Pays qui le peuvent) et « bien avant » Paris pour les autres. Il n'y a pas de méthodologie obligatoire ni d'évaluation (ce qui aurait simplifié l'analyse et la comparaison), mais il est indiqué que les contributions « peuvent comprendre » des informations sur l'année de référence, la période d'engagement, un calendrier de mise en oeuvre, la méthodologie de calcul retenue, un plan d'action sectoriel

-       un rapport de synthèse sur l'effet de la somme des contributions nationales (INDC) sera élaboré par l'UNFCC pour le 1er novembre 2015 ; On devrait donc pouvoir savoir si l'on est loin ou pas de la trajectoire des 1,5 à 2°C et si les efforts sont suffisants ;

-       projet de texte d'accord pour Paris sera préparé avant mai 2015.


Sur les FINANCEMENTS:

-       Dans le texte de Lima, les pays développés sont appelés avec insistance à fournir un soutien financier renforcé aux pays en voie de développement, en particulier les plus vulnérables, pour leurs actions de réduction des émissions et d'adaptation au changement climatique. Mais aucun engagement chiffré.

-       Mais les Pays industrialisés auraient pu aller plus loin car on reste très loin des 100 Mds $ par an à l'horizon 2020 promis dans l'accord de Copenhague. La dynamique récente autour du fonds vert pour le climat (la barre des 10 Mds $ sur trois 3 ans) n'a pas été suffisante pour rassurer les Pays en développement sur la suite.

-       Même l'Europe, pourtant championne des engagements sur le climat, pourrait faire mieux. Par exemple, l'Union Européenne n'a toujours pas acté une taxe sur les transactions financières digne de ce nom ! Et la France est, avec d'autres, à l'origine de ce blocage... Ce serait pourtant plusieurs dizaines de milliards d'euros par an qui pourraient ainsi financer l'atténuation et l'adaptation dans les Pays les plus pauvres.

 

Deux points essentiels pour les pays en développement (la responsabilité commune mais différenciée, l'importance de l'adaptation) ont été à nouveau réaffirmés.

 

Enfin, deux points importants sont trop peu traités :

-       L'engagement de renforcer / d'améliorer les actions sur la période 2015-2020 (car, rappelons le, l'accord de Paris concerne les émissions à partir de 2020) est rappelé et encouragé, avec une série d'événements et d'occasions pour y travailler, mais sans qu'il y ait d'obligation. Rappelons-le : tout se joue pourtant dans les 5 à 10 ans à venir.

-       L'agenda des solutions, une nouvelle approche plus positive (opportunité d'emplois, solidarité) de la lutte contre le changement climatique, et le rôle des différents acteurs locaux, n'est pas assez mis en avant.

 

Ne baissons surtout pas les bras. Le combat continue. Car il n'y a pas d'autres solutions. Il reste moins de 365 jours avant l'accord de Paris. Il faut régler le maximum de points dans les mois à venir, sinon la pression sera trop forte sur la COP21 et risque de devenir contre-productive.

 

Une année pour sauver le monde. Pour se remettre enfin, 6 ans après l'échec de Copenhague, sur la bonne trajectoire.

Tous ensembles.

 

 

 

 

 

 

COP de Lima : carnet de bord épisode 11

Présent à Lima, au Pérou, pour la 20eme conférence internationale sur le climat, notre porte-parole, Matthieu Orphelin, vous livre au jour le jour son récit ludique et pédagogique pour vivre cet événement de l'intérieur et en comprendre les rouages !

Episode 11. 13 et nuit (du 13 au 14). Prolongations pour un accord a minima

Pas une seule Conférence des Parties ne se termine dans le timing prévu. Celle de Lima respecte la tradition. Une nouvelle version du texte a été produite cette nuit à 2h30. Les Pays se retrouvent à 10h après une nuit quasi blanche. Adieu donc à notre programme de tourisme initialement prévu aujourd’hui (et donc pas de bonnet péruvien pour mon meilleur ami Boris ; les seuls souvenirs que nous ramènerons sont les différentes versions du texte d’accord !), nous repartons à la COP.

A notre arrivée, nous passons à l’espace réservé à la délégation française, où les diplomates finissent l’analyse du texte. Puis point avec quelques journalistes français. J’essaie d’exprimer une chose qui me frappe depuis le départ : la sensation d’une COP « sous cloche » où les diplomates sont trop déconnectés de l’urgence climatique, des alertes des scientifiques et des citoyens.

 

Matthieu Orphelin COP 20 Lima

Nous rentrons dans la salle plénière avec les trois ministres français pour cette dernière plénière que nous espérons conclusive. La session s’ouvre. Le Président Péruvien de la COP passe la parole aux différents pays. La Suisse ouvre le bal avec une prise de parole équilibrée (on n’en attendait pas moins ;)), puis le Mexique.

Le Soudan parle ensuite au nom du groupe africain. Les mots sont durs. Le négociateur soudanais, dans un silence de plomb, explique que leurs lignes rouges sont franchies : les pays africains n’acceptent pas que l’adaptation soit si peu évoquée, que les INDC –les contributions nationales-  ne comportent pas de volet sur le financement. C’est un coup de théâtre : le texte doit être retravaillé. Les diplomates européens ont-ils sous-estimé le fossé qui se creuse entre pays développés et l’Afrique ? La question mérite à mon sens d’être posée, tant on a entendu parler des échanges et négociations bilatérales avec la Chine, l’Inde, les Etats-Unis… mais pas avec l’Afrique ! La confiance entre Pays développés et pays en développement n’existe plus.

Après l’Union Européenne et le Chili, qui acceptent le texte de compromis), Tuvalu s’exprime au nom des petits Etats Insulaires, qui rejettent à leur tour le texte. La Malaisie, pour les Etats « like-minded » (aux vues convergentes), le dénonce à son tour. Dans une certaine surenchère, les mots sont extrêmes. « Pays développés, vous avez perdu de vue que nous vivons dans deux mondes différents. Certains d’entre vous nous ont colonisés. Vous n’avez retenu aucune de nos demandes et supprimé du texte la différentiation entre Pays développés et les autres. Que vouliez-vous ? Que nous mettions un genou à terre ? ». Puis les Pays arabes, par la voix de l’Arabie Saoudite, refusent eux le texte. Mais, comme l’accord doit de toutes façons être adopté au consensus, tout le monde a déjà compris : le travail continue.

Nouvelles tractations du Président péruvien de la COP avec la trentaine de groupes de Pays à partir de 14h30 puis reprise de la plénière en fin de journée.

L’avion de la délégation française décolle à 19h. Laurent Fabius et quelques collaborateurs restent sur place. C’est au dessus de l’Atlantique que nous apprenons la signature d’un accord à minima.

Avec les collègues des autres ONG (Fne, Fondation Nicolas Hulot, Surf rider Europe, LPo, Amis de la terre France, WWF France, Humanité et Biodiversité), nous rédigeons dans l’avion du retour un communiqué dont le titre résumé si bien notre sentiment commun: « Tout reste à faire avant Paris ! »

Tout reste  à faire pour que l'accord de Paris 2015 ait une chance d'aboutir. A Lima, les points fondamentaux - contenu et évaluation des contributions nationales [dont la synthèse ne sera faite qu’en novembre 2015 dont très tardivement !], financement, renforcement de l'ambition pré 2020 - n'ont pas connu d'avancées majeures. On ne peut plus prendre de temps: l'urgence climatique et notre responsabilité vis a vis des populations les plus affectées nous imposent de basculer vers l'action et un agenda des solutions mobilisant tous les acteurs dont la société civile.

L’accord de Lima a-t-il remis le monde sur la route d’un réchauffement limité à + 2°C ? Non.

Les Pays font-ils tout ce qu’il faut pour arriver à un accord ambitieux ? Non.

Même l’Europe, pourtant championne des engagements sur le climat, pourrait faire preuve de plus d’audace, notamment sur le financement. Un seul exemple pour vous en convaincre : l’Union Européenne n’a toujours pas acté une taxe sur les transactions financières digne de ce nom ! Et la France est, avec d’autres, à l’origine de ce blocage… Ce serait pourtant plusieurs dizaines de milliards d’euros par an qui pourraient ainsi financer l’atténuation et l’adaptation.

Mais, ne baissons surtout pas les bras. Le combat continue. Car il n’y a pas d’autres solutions. Il reste 365 jours avant l’accord de Paris. Il faut régler le maximum de point avant Paris. Une année pour sauver le monde. Pour se remettre enfin, 6 ans après l’échec de Copenhague, sur la bonne trajectoire. Tous ensembles. Hauts les cœurs !

COP de Lima: carnet de bord épisodes 9 et 10

Présent à Lima, au Pérou, pour la 20eme conférence internationale sur le climat, notre porte-parole, Matthieu Orphelin, vous livre au jour le jour son récit ludique et pédagogique pour vivre cet événement de l'intérieur et en comprendre les rouages !

Episode 9. 12 décembre. Les Incas étudiaient déjà les variations climatiques !

Nous quittons la COP pour quelques heures pour la visite du Musée Larco. Au détour de très belles collections d'art précolombien, nous découvrons des quipus incas (voir photo).

Les Incas (du XIIième au début du XVIème siècle) ne savaient pas écrire, mais utilisaient ces quipus pour mesurer des quantités ou des informations. Un quipu est un système de cordelettes attachées entre elles. Chaque cordelette mesure une quantité, décrite par la couleur, le nombre, la forme des nœuds et la distance qui les séparent. L'administration inca les utilisait pour mesurer des populations ou des quantités.

Le suivi des récoltes et leur évolution d'une année sur l'autre étaient ainsi mesurées par des quipus. Gilles Bœuf, Président du Muséum d'Histoire Naturelle de Paris, avec qui nous faisons la visite, nous apprend qu'un papier scientifique publié il y a quelques années dans une revue scientifique renommée démontre qu'on pouvait, à l'aide de certains quipus, reconstituer parfaitement l'influence du phénomène El Nino (« anomalie climatique » qui touche l'océan pacifique sud, et donc directement les côtés péruviennes) sur les productions agricoles. Ainsi, les années El Nino (1 fois tous les 15 ans en moyenne), les récoltes étaient mauvaises.

Une belle rencontre entre sciences sociales et climatologie : les Incas étudiaient déjà les aléas climatiques !

PS : dans le parc du Musée, un colibri. Chacun connaît la fable de l'oiseau qui tente d'éteindre l'incendie en « faisant sa part ». Peut-être un signe alors que les négociations sur le texte d'accord s'éternisent ! On va y arriver, nous dit ce colibri !

 

Episode 10. 12 décembre et nuit du 12 au 13. Le suspens de la fin des négociations

J'ai volontairement regroupé en un seul morceau les évolutions des  dernières 24 heures sur le texte d'accord afin que vous puissiez vous y retrouver.

 

En gros :

-          Jeudi 11 décembre matin, la version 2 du texte, remplie d'options alternatives sur tous les points durs, fait 77 pages. Le groupe G77 des pays en développement (+ la Chine) propose de travailler sur un texte alternatif mais n'arrive finalement pas à faire un texte complet, d'où une certain flottement, les participants ne sachant plus sur quel texte travailler. Le Président de la COP reprend la main et demande aux deux co-présidents du groupe de travail de produire un nouveau projet de texte qui devait arriver vers 21h et est finalement produit vers 23h.

-          Les discussions reprennent sur ce nouveau texte vendredi 12 matin vers 10h30, la Norvège et Singapour sont désignés comme facilitateurs. Le texte est beaucoup plus court (7 pages !). Il reste des options (avec, à chaque fois, une option peu ambitieuse, une option moyenne et une ambitieuse) sur les quatre points durs (qui étaient identifiés dès le début, voir mon épisode 3...) : 1/ les périmètres des contributions nationales, 2/ la nature et le degré de détails de ces contributions, 3/ le processus de révisions de ces contributions dans l'année 2015, et 4/ le renforcement de l'ambition pré-2020. La question des financements est traitée à part dans un texte court.

Vendredi 19h. Comme chaque jour, les négociateurs français nous font un point. Ce soir, c'est Laurent Fabius en personne qui nous fait le debriefing. Il pense que l'accord va aboutir cette nuit, même si rien n'est sûr et si de nombreuses questions essentielles ne sont pas réglées et seront inévitablement repoussées à Paris. Sur les contributions nationales, une option, intéressante à ses yeux, semble se dessiner : les contributions nationales seronnt bien rendues publiques en 2015 mais les procédures de contrôle et de dialogue (pour s'assurer que la somme des ambitions est compatible avec le respect des + 2°C) repoussées à 2016. Le texte aborde les questions financières de façon très (trop ?) synthétique mais beaucoup de travail reste à faire jusqu'à Paris. Ban Ki-Moon propose une réunion de l'ONU sur le sujet le 29 juin 2015. Ni l'agenda des solutions, ni l'abandon des aides aux fossiles ne sont clairement indiqués. La présidente du Fonds vert propose que certains bénéficient avant Paris des premières aides, pour concrétiser le soutien des Pays industrialisés. Le Ministre a déjà trouvé sa formule si l'accord se concrétise : « Le fantôme de Copenhague a fait place à l'espoir de Paris » !

Rien ne va plus, les jeux sont faits. Rendez-vous en fin de nuit pour savoir si l'accord est conclu. Et si le texte est assez ambitieux !

Mais, pour être honnête, avec le décalage horaire, vous le saurez avant moi... Car il est minuit ici et je vais me coucher ;)

 

COP de Lima: carnet de bord épisodes 7 et 8

Présent à Lima, au Pérou, pour la 20eme conférence internationale sur le climat, notre porte-parole, Matthieu Orphelin, vous livre au jour le jour son récit ludique et pédagogique pour vivre cet événement de l'intérieur et en comprendre les rouages !


Episode 7. 11 décembre. Le « Cumbre de los pueblos »

 

Les choses s'accélèrent donc... La taille de mes billets se réduit, pourtant tant de choses à vous raconter !

Comme chaque année, il y a une COP alternative, ici le « Cumbre de los pueblos », le sommet des peuples. Il se tient au centre ville, dans le beau "Parque de la Exposicion". Nous participons au passage de témoin entre les ONG et organisations (syndicales et autres) péruviennes et françaises (la coalition pour le climat 2015). Les thèmes de discussion et d'échanges sont très larges, avec notamment un volet sur l'éducation très développé, mais aussi une approche globale sur la convergence des luttes.

Un des thèmes les plus développés sur le « Cumbre de los pueblos » quant aux enjeux liés au changement climatique (comme d'ailleurs dans les discours des chefs d'Etat d'Amérique Latine) est la vulnérabilité des cultures alimentaires au changement climatique. Et pour cause : plus de 70 % des aliments consommés par les Péruviens proviennent de l'agriculture familiale.

Ici, beaucoup de monde, des débats, où tout le monde s'installe en cercle, où chacun essaie d'écouter les autres. Ah, si nos diplomates s'installaient en rond !

 

 
Episode 8. 12 décembre. Dernier jour de négo !

La journée commence par une réunion avec Ségolène Royal et l'ensemble des ONG internationales et françaises pour faire un point sur l'avancée des négociations et aussi pour imaginer les moyens de mobiliser en France sur la route de Paris 2015.

Célia Gautier du Réseau Action Climat, qui coordonne les positions des ONG, insiste sur quatre sujets essentiels à pousser dans les dernières heures de négo : le développement des énergies renouvelables,  les contributions nationales, la question des financements, les efforts pré-2020 (le « gap emissions » dont j'ai déjà parlé dans un précédent billet). D'autres points sont aussi mis en avant : l'Europe doit pousser la fin des subventions aux énergies fossiles comme le non soutien aux « fausses solutions ».  La dimension européenne de la mobilisation est plusieurs fois soulignée.

Avec les collègues de FNE, LPO, Surfrider Fondation et H&B, nous intervenons aussi sur la nécessité d'une mobilisation citoyenne sans précédent. Pour ma part, j'insiste sur l'enjeu majeur qu'il y aurait à connecter beaucoup mieux le monde « sous cloche » de la COP avec le monde réel. Je suis frappé par la déconnexion, par les asymétries d'information... Je suggère aussi de réutiliser les initiatives très intéressantes développées ici à Lima (la marche, l'espace « Voces por el Clima » et ses magnifiques expositions qu'il suffirait de traduire). 

 

COP de Lima: carnet de bord épisodes 5 et 6

Présent à Lima, au Pérou, pour la 20eme conférence internationale sur le climat, notre porte-parole, Matthieu Orphelin, vous livre au jour le jour son récit ludique et pédagogique pour vivre cet événement de l'intérieur et en comprendre les rouages !

Episode 5. 11 décembre. Les alertes des scientifiques et le changement climatique avancent plus vite que les négociations 

En France, à l'ouverture de la 3ième conférence environnementale il y a 15 jours, François Hollande a dit, avec je crois une certaine sincérité, avoir découvert récemment -depuis son arrivée aux plus hautes fonctions de l'Etat-, l'importance des enjeux climatiques. En l'entendant prononcer ces mots, j'ai repensé au travail inlassable de Nicolas Hulot, le Président de la FNH, qui n'a de cesse depuis plus de 20 ans de sensibiliser les hommes politiques aux défis environnementaux. J'ai repensé aussi à la somme des connaissances rassemblées par les scientifiques du GIEC depuis 1988 et que les dirigeants ont trop longtemps ignoré. Deux d'entre eux font partie de la délégation française à la COP, Hervé Le Treut et Jean Jouzel, dont c'est toujours un plaisir de croiser la route.

 

Depuis 1990, le GIEC publie tous les 5 à 6 ans un état de l'art des connaissances, synthétisé dans un « résumé des décideurs » que trop peu de décideurs lisent en réalité (alors d'ailleurs que beaucoup le citent dans leurs discours). On pourrait utilement rendre sa lecture obligatoire à toute personne se présentant au suffrage des électeurs, ou généraliser son analyse dans les programmes de l'éducation nationale !

 

Il est si essentiel de s'y plonger pour prendre la mesure des enjeux. Et de prendre conscience de la somme des évidences que la science nous apporte aujourd'hui. Dans son premier rapport en 1990, le GIEC juge que l'influence humaine sur le changement climatique est du même ordre de grandeur que les variations naturelles et donc pas forcément détectable. En 1995, il montre que l'évolution du climat depuis un siècle s'explique mieux en tenant compte des émissions anthropiques (dues aux activités humaines). En 2001, il parle de « preuves solides », puis d'une causalité « très vraisemblable » en 2007. Le dernier rapport de 2014 est encore plus clair : il y a « plus de 95 % de chances » que la majeure cause du réchauffement climatique soit l'activité humaine. Les phénomènes s'emballent.

 

Il faut relire ce dernier rapport du GIEC. Tout se joue dans les 5 à 10 ans à venir. Sur le futur, le GIEC confirme qu'il est encore temps d'agir si l'on veut contenir le réchauffement à + 2°C, mais que cela signifie se mettre sur des scénarios qui réduisent de 40 % à 70 % les émissions d'ici à  2050 pour arriver à des émissions quasi nulles à la fin du siècle. Un sacré challenge. Les mesures actuellement prévues par les Etats ne nous mettent pas sur ce chemin, mais plutôt vers au moins + 4°C avec des conséquences irrémédiables. Les ONG, coordonnées par le Réseau Action Climat, demandent à ce que des engagements soient pris pour combler dès 2015-2017 ce déficit d'ambition sur les actions de court-terme. Réduire les émissions dès maintenant et plus rapidement, voilà ce qu'il faudrait faire ! Malheureusement, cet enjeu est pour l'instant quasi-absent des négociations.

Le Président du GIEC, Rajendra Pachauri est évidemment à Lima ; c'est l'une des « stars » des allées de la conférence, avec Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations Unis, toujours suivi d'une horde de journalistes. Ils sont réunis ce matin à la tribune, avec également Laurent Fabius et Al Gore, dans ce qui s'appelle « un dialogue de haut niveau ». « Je vous demande de tous faire votre part » lance Ban Ki-moon à la tribune. Pachauri rappelle ensuite à tous les principales conclusions du dernier rapport du GIEC. « Même avec seulement +2°C, les risques sont importants. ». On l'oublie trop souvent. Il donne aussi un message d'espoir : « il est encore temps d'agir. Les politiques de réduction d'émissions sont à notre portée et ne couteront pas cher ». Il conclut par ce nouveau chiffre élaboré dans le dernier rapport : 65 % des émissions de CO2 compatibles avec l'objectif de 2°C ont déjà été émis sur la période 1870 - 2011 (2 900 GtCO2). Il ne nous reste que 1000 GtCO2 d'ici la fin du siècle... Espérons que tous les négociateurs auront bien ces chiffres en tête lors des prochaines heures et des prochains mois d'ici Paris. L'ancien Président du Felipe Calderon, très applaudi, démontre comment il faut investir massivement et sans regret dans la transition énergétique, notamment pour rénover les villes : « Nous ne pouvons plus vivre dans des villes anciennes-mode congestionnées et polluées, avec une qualité de vie médiocre ».

 

PS : A part les négociations, une autre chose qui n'avance pas vite ici : le trafic ! Lima souffre d'embouteillages monstres. Une ville de 12 millions d'habitants, étendue sur 80 kilomètres de long, où l'automobile règne en maitre. Il nous faut souvent près d'une heure en minibus pour rejoindre la COP. Donc réunions inter-ONG dans le bus pour faire passer le temps. 

 

Episode 6. 11 décembre. Lima, last COP before Paris

Demain, la France et l’ONU vont signer un « accord de siège » qui, une fois ratifié par le Parlement français, fera de notre Pays l’hôte de la COP21 en décembre 2015.

Comme le dit parfois Laurent Fabius avec humour, « la candidature française pour accueillir la COP21 a été acclamée ! D’autant que c’était la seule ! ».

 

La France a donc un rôle très particulier à Lima, car elle est le prochain pays accueillant. Pays hôte qui devra mettre dans de bonne conditions les équipes de négociation, mais aussi pays présidant la COP et donc avec un rôle encore plus important pour aider les parties à aboutir vers un accord. A Lima, la délégation participe déjà chaque jour aux réunions du bureau de la COP afin de « se mettre dans le bain ». Ce midi, Laurent Fabius, futur Président de la COP21, co-anime pour la première fois les débats avec le Président péruvien de la COP20. Dès le départ, il fait rigoler la salle en demandant que chacun arrête de remercier les Péruviens pour l’organisation remarquable de l’événement, afin de gagner un temps précieux pour les négos et fait lui-même la cloche pour limiter le temps de parole des bavards ;) 

 

Toutes celles et ceux qui réalisent l’urgence climatique rêvent d’un accord mondial à Paris qui effacera le souvenir de l’échec des négociations de Copenhague en 2009. Copenhague, où seule une déclaration d’intention de 4 pages (plus 2 pages d’annexes vides) avait été signée… Une déclaration qui contenait cependant des engagements importants des pays industrialisés, clef des négociations en ce moment : «  les pays développés mobiliseront ensemble 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 pour répondre aux besoins des pays en développement » et aussi « la  création d’un fonds vert pour le climat », fonds destiné à soutenir les projets d’atténuation et d’adaptation des pays en voie de développement. La barre des 10 milliards de contributions financières vient d’être franchie, c’est un bon début mais il va falloir accélérer.

 

 

La France veut une COP ouverte sur la société civile, notamment avec un village des initiatives qui permettra la sensibilisation du plus grand nombre, dont les scolaires et les jeunes, sur ces questions climatiques. Un enjeu essentiel pour la Fondation Nicolas Hulot. Nous déploierons à partir du printemps 2015 une grande campagne de mobilisation sur le climat, axée sur les solutions, qui trouvera son point d’orgue à Paris. Nous avons également poussé pour que le climat soit déclaré Grande Cause Nationale en 2015 et que les médias, dont France Télévisions, se mobilisent sur ces thématiques. Le gouvernement a retenu ces propositions et les a actées lors de la 3ième conférence environnementale fin novembre 2014. Il faudra rapidement mettre cela en musique avec tous les acteurs concernés. Les ONG sont motivées !


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