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L’impératif écologique, un carrefour sublime où se joue l’avenir

Quand nous guette la tentation du fatalisme, quand pointe l’idée de se soustraire à l’espérance, quand garder l’espoir face aux réalités parfois hideuses du monde où l’on vit devient un acte de bravoure, je voudrais nous rappeler que la crise écologique constitue un horizon dépassable de l’humanité, c’est désormais le centre de gravité de nos sociétés et l’occasion unique de réussir ce sur quoi nos sociétés ont peiné et échoué jusqu’ici, à savoir la combinaison de l’efficacité économique, de la solidarité sociale et de la vie démocratique. Bref, c’est l’occasion inespérée, mais probablement ultime, de faire un saut qualitatif et de réconcilier progrès, avenir et amélioration universelle de la condition humaine.

Voilà la seule promesse à tenir !

Vous les militants de terrain, vous avez été les pionniers de cette mutation et, au quotidien, vous êtes des résistants à la résignation. Malheureusement vous avez eu raison, la réalité chaque jour le confirme. J’aurais tellement préféré que vous ayez eu tort.

Aujourd’hui un mouvement existe, ici et ailleurs, certes faible, encore à la marge, mais une vibration peut devenir force et, comme me l’a rappelé récemment Edgar Morin, l’Histoire a montré que l’improbable est possible quand la contrainte est imparable. Et l’improbable peut aussi avoir le visage du beau. Mais nous devons nous méfier des mots et des formules qui, parfois, maquillent et dissimulent les enjeux, en particulier l’expression de “développement durable”.

L’enfer est parfois pavé de bonnes intentions. Je ne crois pas à la main invisible qui intentionnellement nous conduirait vers l’abîme. Mais force est de constater que, de plus en plus, nos actions échappent à nos intentions et que, sous la réalité visible, il y a une réalité occulte. Attention à ce que le développement durable ne soit pas, à notre corps défendant, une camomille mielleuse pour rendre plus digestes nos excès de civilisation et pour accentuer le goût du renoncement et de l’acceptation !

Attention, nous commettons des erreurs apparemment anodines aux retombées dévastatrices. Je dis cela comme une mise en garde vis-à-vis de nous-mêmes et non pas comme un procès d’intention envers qui que ce soit. Je ne doute pas de la bonne volonté des uns et des autres, et je suis conscient des efforts que les acteurs économiques et politiques ici et ailleurs entreprennent. Je suis surtout conscient de l’infinie complexité de la tâche selon l’échelle de temps dans laquelle on s’inscrit. Mais les faits sont tenaces et il faut bien admettre que la capacité destructrice de la technologie progresse plus vite que notre faculté à l’utiliser avec sagesse et modération. Je crois essentiel de rappeler que l’impératif écologique est aussi et avant tout un rendez-vous critique de nos sociétés, un carrefour sublime où se joue l’avenir. Et que l’économie, la politique, la technique ne suffiront pas seules à résoudre cette équation complexe sans un travail essentiel sur les causes. On n’éponge pas l’eau qui court. Si nous esquivons ce travail sur nous-mêmes, si nous fuyons la réalité telle qu’elle est, alors tous nos efforts seront vains. Pour voir clair il faut nous libérer des incrustations laissées par les siècles passés, il faut nous tenir à distance des idéaux et des idéologies.

Nous sommes tellement conditionnés par un unique modèle de développement que chacune de nos réactions à tous nos problèmes est elle-même conditionnée. Une nouvelle façon de penser est nécessaire si l’humanité veut conserver ses chances. Nous devons avoir de nouveaux yeux. Je crains qu’incidemment nous nous contentions de gérer le passé et que nous nous agitions dans une société qui est en bout de civilisation. Une société de figurants, le fameux théâtre des apparences. Peut-on mettre fin à une société basée sur la compétition, la prédation et l’accumulation ? Passer du libre-échange au juste échange ? N’oublions pas que le progrès technique est un jeu à somme nulle. Ce que nous gagnons d’un côté nous le perdons de l’autre. Comme le marché, ce que l’un gagne ici, l’autre le perd là-bas. Peut-on nous libérer de l’obsession du toujours plus, passer du maximum à l’optimum ? Peut-on s’affranchir du culte de la croissance quantitative, cette croissance qui n’a d’autre objectif qu’elle-même et qui, comme l’a dit Jean-Marie Pelt, est devenue une excroissance… et nous entraîne dans un cycle maudit ?

Nous devons équilibrer le matériel et le spirituel, il faut rompre avec cette civilisation où tous les besoins et tous les désirs convergent vers le toujours plus. Rompre avec le principe technologique et le principe économique qui veut que tout ce que nous pouvons faire nous le faisons, tout ce que nous voulons nous pouvons l’avoir. Gardons à l’esprit que l’ombre du désir c’est la frustration et l’ombre du plaisir c’est la douleur ! Notre société écrase l’humain. Il faut ensemble mener la bataille de l’esprit. « Le progrès, dit Victor Hugo, n’est rien d’autre que la révolution faite à l’amiable ». Profitons-en tant que c’est encore possible. Mais la révolution écologique ne sera pas seulement matérielle nous rappelle Lester Brown, comme la charrue l’a été pour l’agriculture, le moteur pour l’industrie ou l’ordinateur pour l’information.

Cette quatrième révolution n’est pas sous-tendue par un objet comme l’ont été les trois premières révolutions socio-économiques mais elle doit s’orienter vers la compréhension de la plus précieuse ressource sur terre : nous-mêmes. Cette quatrième révolution est aussi spirituelle, avec une règle d’or : de la mesure dans toute chose. De la modération, de la régulation, de la sobriété partout. Economiser pour pouvoir partager, voilà notre principal devoir ! Chacun d’entre nous, avec de nouveaux yeux, peut participer à cette exigence de civilisation. En nous affranchissant de la peste des relations humaines que sont les préjugés, nous devons contribuer à nous rassembler autour de cet objectif.

Dans un monde qui dresse des murs virtuels ou physiques nous devons tendre des passerelles, nous ouvrir, mutualiser ce que nous avons de meilleur plutôt que de confronter ce que nous avons de moins vertueux. Ensemble nous devons créer une épidémie de lucidité, nous devons contribuer à faire émerger une nouvelle vision du monde. La tâche est immense mais elle est notre raison d’être.

Nicolas Hulot, Président de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme

Quels territoires pour demain ?

32e Congrès de France Nature Environnement et 40e anniversaire de l’association, Strasbourg

 

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Posté par :
Johanna, Fondation Nicolas Hulot
Dans :
Veille écologique
Tags :
écologie
nicolas hulot
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