
Le 7 août dernier, un garde de la réserve naturelle des Coussouls de Crau découvre une fuite dans un oléoduc au cœur de la réserve. Immédiatement qualifié de « désastre écologique » par Chantal Jouanno, Secrétaire d'Etat à l'écologie, l'accident a occasionné la pollution de 5 ha d'un milieu naturel unique, le « coussoul », dernière steppe semi-aride française.
Situé sur l'ancien delta de la Durance, ce milieu est le résultat de 10 000 d'histoire et d'interaction entre l'espace naturel, les moutons et les hommes. Il est donc impossible de le reconstituer. La zone touchée abritait également des animaux rares et menacés : une espèce endémique de criquet et des oiseaux ayant en Crau leur seule population (gangas catas, alouettes calandres ...).
La société du pipeline sud-européen (SPSE), entreprise exploitant l'oléoduc, a réagi avec efficacité. Les opérations de pompage du tronçon de l'oléoduc et du pétrole surnageant ont été réalisées en 24 heures. Il reste encore à retirer le pétrole qui s'est infiltré sur une profondeur d'une vingtaine de centimètres.
La solution retenue pour le moment consistera à ramasser les couches de sol pollué pour les traiter. L'entreprise s'est engagée à assurer la dépollution totale du site. Sa restauration en revanche sera impossible.
La nappe phréatique située entre 6 et 12 m qui alimente les captages des réseaux d'alimentation en eau potable voisins ne semble pas touchée pour le moment. La surveillance reste toutefois de mise, d'autant que le sous-sol de la Crau considéré comme imperméable pourrait avoir été altéré lors de la construction de l'oléoduc.
Intervenant un peu plus d'an après l'incident d'une installation pétrolière au Port de Donges qui avait provoqué une pollution de l'estuaire de la Loire, quelques années aussi après un incident similaire au bec d'Ambès sur l'estuaire de la Gironde, cet accident révèle la sécurisation insuffisante de ces équipements implantés au cœur d'espaces naturels remarquables.
A cet égard, Serge Urbano, Vice-président de France Nature Environnement, a rappelé la nécessité pour les industriels et la société entière de prendre des responsabilités réellement à la hauteur des enjeux écologiques de ce siècle. Le CEEP* et la Chambre d'Agriculture des Bouches-du-Rhône, co-gestionnaires de la Réserve Naturelle, ont porté plainte pour cette atteinte au milieu naturel et à l'activité pastorale présente.
Chantal Jouanno a annoncé « un renforcement des contrôles, une surveillance plus fréquente des installations ». « Nous allons mener un plan de modernisation de ces réseaux » a-t-elle ajouté dans le Parisien du dimanche 9 août.
Réserves naturelles de France, FNE, la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), le CEEP et Espaces Naturels de France ont demandé à être associés aux expertises et évaluations à venir. Au-delà d'une réhabilitation du site qui reste incertaine, les organisations ont appelé à des mesures de compensation exemplaires.
* Conservatoire Etudes des Ecosystèmes de Provence Alpes du Sud
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