Entrepreneur social number onele 16.10.09
Parler de lui, il déteste. Pourtant, il y a matière à. Délégué général du groupe SOS, Jean-Marc Borello est en effet à la tête de 2 500 salariés, neuf associations, huit entreprises d'insertion et quelques autres structures de presse ou de communication. Le tout dans des secteurs aussi variés que l'environnement, le commerce équitable, les soins palliatifs, l'insertion professionnelle, l'accueil de personnes âgées ou la lutte contre la toxicomanie. Un leader de l'économie sociale et solidaire.
"Je viens du Sud", pourrait chanter Jean-Marc Borello, né en 1957 à Aix-en-Provence. Et malgré le temps qui a passé, on entend encore dans sa voix une petite pointe d'accent provençal. Il commence à travailler comme éducateur en 1977. En 1982, il devient chargé de mission à la Mission interministérielle de lutte contre la toxicomanie (Milt).
C'est à ce moment qu'il rencontre la chanteuse Régine, qui cherche alors à s'impliquer dans la lutte contre la toxicomanie : ensemble, ils fondent SOS Drogue International. S'ensuivront plusieurs années dans les ministères, au cabinet de Gaston Defferre puis de Gilbert Trigano jusqu'en 1987, date à laquelle il démissionne de la fonction publique pour prendre la tête du groupe d'hôtels et de restaurants de Régine.
En 1997, il réintègre finalement ses activités associatives et devient délégué général du Groupe SOS, dont la première association était SOS Drogue International et que beaucoup d'autres structures ont rejoint au fur et à mesure des années.
Depuis 1998, Jean-Marc Borello multiplie ses engagements : maître de conférence à Sciences-Po Paris sur les questions de l'économie sociale et solidaire, directeur de publication du Journal du Sida, vice- président de Sidaction, etc. Il a été décoré de l'Ordre national de la Légion d'honneur en juillet 2000.
"Reine de la nuit", chantait Régine en 1983. Directrice de différentes discothèques, elle pouvait effectivement en dire long sur la vie nocturne... et ses travers. La drogue notamment. C'est pourquoi elle fonde avec Jean-Marc Borello SOS Drogue International. Lui, alors à la Milt, avait aussi constaté "l'insuffisance notoire des structures de prise en charge des personnes toxicomanes".
Quelques années plus tard, il reprend la direction d'une autre association marseillaise, SOS Habitat et soins, qui offre une alternative à l'hospitalisation des personnes atteintes du sida. Progressivement, d'autres associations se greffent à ce qui devient peu à peu le Groupe SOS.
"Il n'y a pas eu d'événement déclencheur à proprement parler, explique le délégué général du groupe. Ce sont les besoins exprimés par les usagers qui nous ont amenés à développer peu à peu de nouvelles activités."
"Les bans de poissons sont plus efficaces qu'une baleine : ils prennent autant de place, mais ils sont plus agiles, se faufilent, réagissent vite !". C'est ainsi que l'éducateur devenu entrepreneur explique la diversité des activités proposées par le groupe : environnement, commerce équitable, presse, soins palliatifs, restauration, accueil de personnes âgées, lutte contre la toxicomanie, etc.
En parallèle de ces associations, Jean-Marc Borello a créé plusieurs entreprises d'insertion, qui emploient des personnes exclues du marché de l'emploi : "Je veux appliquer ce qu'on appelle ici la fécondité sociale", commente Jean-Marc Borello.
"Personne n'est inemployable, tout le monde peut être utile, quelle qu'ait été sa vie passée."
Quand il regarde en arrière, l'ancien éducateur sourit : "Je porte un regard amusé et distant sur le Groupe SOS, sur l'économie sociale, sur l'économie classique, sur le monde en général." Celui qui a concrétisé la pensée proudhonnienne ("la propriété, c'est le vol !" rappelle-t-il) désire aujourd'hui que l'on s'intéresse aux pratiques des entreprises plus qu'à la distinction théorique entre l'économie classique et l'économie sociale : "Il faut arrêter de croire que les entrepreneurs sociaux sont tous des gentils au service du plus pauvre et que les grands patrons du Cac 40 sont tous des requins capitalistes qui se désaltèrent du sang des pauvres ouvriers qu'ils égorgent !" exagère-t-il ironiquement. Pour lui, ces deux systèmes économiques doivent s'enrichir l'un l'autre.
Jean-Marc Borello ne sait pas ce que l'avenir lui réserve mais peu importe à ce pragmatique."Auparavant le groupe multipliait ses activités sans que cela ait été décidé", aujourd'hui le développement fait partie des objectifs. "S'il y a demain 25 groupes SOS, j'en serai ravi !" conclut le social business man.
Ecolo, solidaire et rentable.
Parmi les différentes entreprises chapeautées par le Groupe SOS, on trouve Alter Auto : il s'agit d'une entreprise de location de véhicules de luxe à moteur hybride (les émissions de dioxyde de carbone sont ainsi réduites), avec des chauffeurs en contrat d'insertion.
Une autre s'appelle Alter Mundi : elle gère des boutiques qui vendent des produits issus du commerce équitable ; là aussi, les vendeurs sont des personnes en insertion professionnelle.
Dans toutes les activités qu'il développe, Jean-Marc Borello tente d'associer solidarité et protection de l'environnement, le tout sur un modèle économique rentable et donc pérenne. Très souvent, il réussit.
Amaury Guillem






