Les éco-reportages

Bretagne : invendus de la pêche, aide alimentaire et insertion dans le même panier

Manger à sa faim prime souvent sur la qualité nutritionnelle du repas, quand on n’a que quelques euros par jour à y consacrer. Produits frais, viande et a fortiori poisson, denrées rares et chères, deviennent des produits de luxe alors que, pour ne pas être vendus à perte, des kilos de poissons sont détruits chaque jour. Un gaspillage inacceptable. C’est de ce constat que naît, en 1997 en France, l’association "Panier de la mer". Son défi : récupérer le poisson de retrait au profit des bénéficiaires de l’aide alimentaire. Résultats : moins de déchets, moins de gâchis, et des emplois pour des personnes en situation d’exclusion.

 

Droit à l’alimentation, devoir de solidarité

L’alimentation est un droit, le même pour tous, quels que soient ses moyens. Grâce aux dons que les banques alimentaires perçoivent chaque jour, les centres de distribution disposent de denrées variées : fruits et légumes frais, laitages, féculents, produits carnés. Mais les produits de la mer restent rares.

Une aberration quand on sait que des kilos de poissons fraichement pêchés sont détruits pour des raisons économiques et souvent par simple manque de volonté.

Panier de la merLes considérations boursières ne devraient pas avoir cours quand des milliers de personnes en sont réduites à solliciter une assistance alimentaire et que les stocks des banques s’amenuisent. En s’associant aux centres d’aide alimentaire, le monde de la pêche fait un geste de solidarité à destination de ses concitoyens les plus fragiles. C’est aussi son métier qu’il promeut et défend à la fois en ouvrant ses ateliers de mareyage aux personnes en situation d’exclusion socio-professionnelle. Il ne s’agit plus alors d’avoir les moyens, mais de les donner à ceux qui en ont moins.

 

Enjeux et objectifs

Faute de respecter un prix minimum à la criée, les poissons invendus sont retirés du marché afin d’éviter l’effondrement des cours. Ils sont alors voués à être détruits ou transformés en farines animales. Les pêcheurs sont quant à eux indemnisés par des fonds européens et nationaux pour le manque à gagner. 
Les bénéficiaires de l’aide alimentaire, dont le nombre, en France, est estimé entre 0,8 et 3 millions selon les sources, n’ont pour leur part que 3 à 5 € à consacrer par jour et par personne à leur alimentation¹. Par ailleurs, dans le Finistère, le secteur du mareyage manque de main-d’œuvre, tandis que le chômage en 2008 concernait 8,8 % de sa population active².
L’initiative du "Panier de la mer" poursuit un triple objectif : valoriser les invendus de la pêche ; diversifier l’alimentation des bénéficiaires de l’aide alimentaire ; favoriser l’insertion des personnes exclues du marché du travail.

 

Actions et modalités

La première structure "Panier de la mer" ouvre ses portes à Loctudy en 1997. Trois acteurs en sont à l’origine : les associations caritatives responsables de l’aide alimentaire (Secours populaire et Croix rouge notamment), les élus locaux en charge de l’aide sociale et le comité de bassin d’emploi du Pays bigouden. 
Concrètement, chaque jour, à la fin de la criée, un salarié du "Panier de la mer" récupère le poisson de retrait encore tout frais. Il le rapporte à l’atelier de mareyage où merluchons, congres, raies, maquereaux ou encore lottes sont triés, transformés puis conditionnés sous forme de filets surgelés en sachets de 500 g et cartons de 10 kg.  Une à deux fois par semaine, des bénévoles de la Banque alimentaire et de la Croix rouge viennent chercher ces derniers pour les répartir ensuite entre les différents centres de distribution alimentaire. Les bénéficiaires peuvent alors ajouter du poisson dans leur panier. 
Les personnes en difficultés d’insertion socio-professionnelle embauchées par le "Panier de la mer" disposent d’un contrat aidé de 26 heures hebdomadaires. Placées sous la tutelle d’un mareyeur professionnel, elles passent 20 heures par semaine à en apprendre le métier au sein de l’atelier de mareyage. Les six heures restantes sont consacrées à des formations complémentaires auprès d’une chargée d’insertion : rédaction de CV, simulation d’entretien, préparation au permis de conduire, etc. Cette démarche d’insertion durable par la formation professionnelle a vocation à être élargie. 
Le "Panier de la mer", également présent sur d’autres zones littorales (Boulogne-sur-Mer, Lorient, Perigny) continue à essaimer. Quatre nouvelles structures doivent être créées prochainement : Cherbourg fin 2009, St Malo et Marseille en 2010. Une plateforme de distribution basée à Nantes alimentera tout le Grand Ouest ainsi que les zones non-littorales à l’horizon 2010-2011.

 

Résultats

En 2008, 173 tonnes de poissons ont été mises à disposition des banques alimentaires par l’ensemble du réseau des "Paniers de la mer". Cela représente 81 tonnes de produits frais, 92 tonnes de produits surgelés et 3 000 barquettes de plats cuisinés. En matière d’insertion, 81 personnes ont été accueillies en contrat aidé dans les structures locales. Le taux de sorties positives (CDD, CDI, entrée ou réussite dans une formation qualifiante ou dans une structure d’insertion par l’activité économique) s’élève quant à lui à 46 %. En 2009, la création d’unités de préparation de plats cuisinés et de soupes de poisson est à l’étude. Et à partir de septembre 2009, chaque site disposera d’un logiciel de gestion de la traçabilité sur l’ensemble du circuit "collecte-transformation-distribution".

 

¹ "L’alimentation des populations modestes et défavorisées", étude de Dominique Poisson, novembre 2008, Centre de recherche et d’information nutritionnelles
² Assemblée des départements de France, fiche "Finistère", 2008

Lisa Azorin
Agence d’informations Reporters d’espoirs

 

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