Carin Smuts
Qui dit "habitat durable" dit forcément panneaux solaires, éco-matériaux ou encore toitures végétalisées… Forcément ? Eh bien non. Avec Carin Smuts, le concept réside moins dans les moyens que dans l’objectif. Chez elle, en Afrique du Sud, il s’agit de recréer du lien social en construisant des bâtiments collectifs au cœur des bidonvilles. Sans technologies dernier cri mais toujours dans le respect de l’environnement.

Du durable autrement
En bâtissant des lieux de vie à fonction sociale et multiculturelle, Carin Smuts contribue à préserver la paix dans les bidonvilles. C’est à cette seule condition qu’elle peut parvenir à sensibiliser la population à la protection de l’environnement. Quel intérêt y aurait-il en effet d’installer les meilleures technologies écologiques si les dégradations et la violence en venaient à bout rapidement ? Il s’agit de responsabiliser chaque habitant, qu’il apprenne à respecter, faire évoluer puis animer son lieu de vie. Fier de sa construction, il saura alors la préserver. Disposant de peu de moyens, l’architecte utilise au maximum l’énergie naturelle et les matériaux trouvés dans la rue. Un procédé économique qui se révèle être écologique et humaniste.
Parcours
Carin Smuts naît à Pretoria (Afrique du Sud) en 1960. Descendante d’une famille d’Afrikaners, la fillette fréquente l’école du Cap réservée aux Blancs. Ce n’est qu’à l’âge de 16 ans qu’elle prend douloureusement conscience de l’injustice entre Noirs et Blancs causée par l’Apartheid. Alors qu’un ami de son frère l’emmène dans un parc, elle lit sur le panneau planté à l’entrée : "Interdit aux Noirs, autorisé aux chiens en laisse". Révoltée par un système qui accorde plus de droits aux animaux qu’aux gens de couleur, Carin Smuts se fait la promesse d’aider les plus démunis à l’avenir. Hésitant un temps entre médecine et architecture, elle choisit finalement la seconde option et passe son diplôme d’architecte à l’université de Cap Town (UCT) en 1984.
Déclics
Très vite, le responsable de l’école d’Architecture de l’UCT lui confie de grands projets. Travaillant d’arrache-pied, Carin Smuts commence à établir des liens avec les communautés des Townships. Ces bidonvilles où s’entassent les communautés de couleur victimes de l’Apartheid sont à cette époque le théâtre de terribles violences. Les émeutes raciales finissent par gagner le pays et conduisent au pouvoir le réformateur Frederik de Klerk en 1989. Celui qui recevra le Prix Nobel de la paix en 1993 abolit les dernières lois de l’Apartheid. Profitant de ce vent nouveau, Carin Smuts décide de fonder la même année sa propre agence, "CS Studio Architects". Son objectif : participer aux nouvelles politiques de développement des quartiers les plus défavorisés.
Actions et modalités
Marqués par plus de quarante ans d’Apartheid, les Townships du Cap se retrouvent gangrénés par la pauvreté, la violence, la drogue et les gangs. Loin des buildings prestigieux du centre-ville, les maisons de bric et de broc s’entassent dans la poussière. Afin de recréer du lien social, l’architecte imagine des bâtiments publics, jusque-là cantonnés aux quartiers blancs, permettant aux communautés de se retrouver et d’échanger. Constamment obligée de lutter pour obtenir des budgets auprès du gouvernement, Carin Smuts se mue en spécialiste du "Low-cost housing". En plus d’utiliser des matériaux locaux et peu coûteux, comme la brique et la tôle qu’elle ramasse par-ci par-là, elle s’ingénie à toujours concevoir des bâtiments peu énergivores et respectueux de la nature. Conçu pour, mais surtout avec les habitants, chaque projet fait l’objet de réunions avec la population, les élus et les associations. De la conception à la construction, les citoyens sont intégrés aux nouveaux équipements. Les jeunes sont employés en chantiers d’insertion, les artistes locaux invités à exprimer leur talent, les habitants formés pour les gérer. Un moyen pour Carin Smuts de renforcer les relations sociales et de créer une dynamique économique. "Plus que le bâtiment, c’est le processus qui m’intéresse. Mon but est de rendre les citoyens actifs pour qu’ils prennent en mains leur destin et animent ensuite leurs propres lieux de vie", s’enthousiasme Carin Smuts. Centres culturels, écoles, logements collectifs, équipements pour handicapés… CS Studio Architects compte près de cent projets à son actif, principalement réalisés dans les Townships mais aussi dans les villages ruraux d’Afrique du Sud. Couvrant un large champ d’actions comme l’urbanisme, le Landscape design ou encore le Fundraising, l’agence a dû attendre de recevoir le prix international d’architecture durable (Le Mans, France) en 2008 pour voir reconnu son travail par les autorités locales.
Marie-Claire Ganesco
Agence d’informations Reporters d’Espoirs
EN SAVOIR PLUS:
http://www.global-award.org/images/monographs/2008/Carin_Smuts/content.htm







