Changer la donne
La Dordogne est la nouvelle star de l'économie sociale et solidaire ! Combinant accès aux produits de première nécessité pour les populations défavorisées, emplois en insertion, appui aux activités rurales en difficulté et démarche coopérative, le Conseil général travaille au montage d'un réseau départemental d'épiceries solidaires unique en France. Premières ouvertures prévues en septembre 2009.
Du cinq en un !
Avec des salades dont le prix monte parfois jusqu'à 2 €, on comprend bien que les ménages en situation de précarité n'aient pas de quoi s'offrir des produits frais autant qu'il le faudrait ! Mais le Conseil général de Dordogne ne s'est pas arrêté à cette problématique. Il a choisi d'apporter une réponse globale qui favorise aussi l'emploi en insertion et de nouveaux débouchés pour les agriculteurs fragilisés. Le tout avec une démarche coopérative, à terme autofinancée : on ne peut faire plus économique, social et solidaire !
Avec, en outre, un aspect environnemental important, puisque le choix de filières courtes a été fait pour éviter trop de transport et ainsi limiter les émissions de gaz à effet de serre. Le choix de se fournir presque totalement en produits frais issus de l'agriculture biologique permettra également aux personnes défavorisées d'acheter des produits bio, auxquels on reproche souvent d'être réservés à des ménages aisés. Au-delà, l'initiative permet à toutes les parties prenantes de renouer avec une alimentation saine et des savoir-faire culinaires qui sinon se perdraient. Vite, vite ! Il faut de tels réseaux partout en France
Enjeux et objectifs
Fin 2008, le taux de chômage de Dordogne a recommencé à grimper (7,9 %), après plusieurs trimestres consécutifs qui l'avaient vu diminuer ; il devient légèrement supérieur au taux de chômage national (7,8 %)¹. Parmi les mesures destinées à favoriser l'emploi sur le territoire, le Conseil général s'est par exemple engagé dans le RSA² (environ 6 000 bénéficiaires du RMI y étaient recensés depuis 2000). Mais si de nombreux départements l'ont également expérimenté, la constitution d'un réseau d'épiceries solidaires, également destiné à faciliter l'insertion sociale et professionnelle de publics exclus, est une action unique en France, à l'initiative des élus de Dordogne.
Actions et modalités
Voilà un an que le Conseil général s'est lancé dans la constitution d'un réseau départemental d'épiceries solidaires, constitué en Société coopérative d'intérêt collectif (Scic).
L'idée : installer des petits commerces de proximité, ouverts à tous publics.
Situés en dehors des quartiers dits sensibles, afin de favoriser la mobilité et la mixité sociales, ils proposeront des produits alimentaires ou de première nécessité au prix du marché. Mais, pour les personnes qui auront été recommandées par les services sociaux, une réduction de 80 %, voire 90 %, sera effectuée en caisse, sur présentation d'une carte. "De cette façon, personne ne saura qui sont les ménages défavorisés et ne se sentira par conséquent stigmatisé", explique Shirine Josset, chargée de mission Economie solidaire.
Côté approvisionnement, les filières courtes seront privilégiées, afin de limiter au maximum les transports et par là, leurs émissions polluantes. Des filières courtes mais aussi solidaires : le réseau fera d'abord appel à des jardins d'insertion qui pratiquent tous l'agriculture biologique et emploient des personnes en situation d'exclusion, ou des petits agriculteurs locaux en difficulté. Autre aspect solidaire : les employés des épiceries seront eux-aussi recrutés parmi des personnes éloignées du marché de l'emploi ; la Scic sera ainsi labélisée "Entreprise d'insertion". Le réseau monte également des partenariats avec les associations locales d'aide alimentaire : le partage d'une plateforme de stockage et de transformation est envisagé.
Un dispositif confié à la Direction de l'économie du Conseil général : "Il s'agit d'apporter une réponse à un enjeu social, mais aussi de favoriser le développement économique du territoire." Coût de la première année de fonctionnement du réseau : 600 000 €. Un budget qui devrait diminuer d'années en années, grâce à l'autofinancement partiel des points de vente.
Résultats
En septembre 2009, les premières épiceries ouvrent à Périgueux, Coulounieix-Chamiers et Boulazac. "A terme, nous aurons une dizaine d'épiceries, annonce Shirine. Soit une quinzaine d'emplois créés en insertion. Sans compter tous les emplois créés ou sauvés indirectement, notamment chez les fournisseurs."
¹ Insee, mars 2009
² Revenu de solidarité active
Amaury Guillem
Journaliste Agence d'informations Reporters d'Espoirs






