Des roseaux pour l’emploi
Travailler demain
Cultiver des roseaux pour équiper des stations d’épuration biologiques : l’idée est peu banale. Quand cette culture vise en plus à réinsérer des personnes en difficulté, cela relève du challenge. Un défi relevé avec brio par Oasure, une entreprise d’insertion créée en 2008 dans le Loire-Forez. En un an d’existence, la jeune société a déjà vendu plus de 120 OOO roseaux à 22 clients différents et a permis d’employer quatre personnes en difficulté. Respect !
De l’insertion en herbe
L’innovation et la recherche, un domaine exclusivement réservé aux grandes entreprises ? Un cliché mis à mal par Oasure qui a su prouver combien l’économie sociale et solidaire est source d’idées. Dans le domaine de l’environnement d’abord : par reproduction d'un processus naturel, les végétaux utilisés permettent d'éviter le recours à des infrastructures d'assainissement lourdes et onéreuses.
Mais aussi en matière de solidarité : en fournissant un emploi à des personnes en difficulté, Oasure leur permet de reprendre goût au travail et leur offre un savoir-faire qu’ils n’auront aucun mal à faire valoir sur le marché professionnel. L’environnement au service de la réinsertion, et vice versa, une formule qui marche !
Enjeux et objectifs
En France, chaque habitant produit à lui seul plus de 100 litres d’eaux usées par jour. Chargées de carbone, d’azote et de sulfates, ces eaux nécessitent d’être traitées avant d’être rejetées dans la nature. Traitement qui n’est pas sans conséquences pour l’environnement puisqu’il consomme beaucoup d’énergie et produit des boues résiduelles polluantes¹. Or, seulement 60 % de ces matières sèches trouvent une issue essentiellement par épandage sur les terres agricoles². Economes en énergie et génératrices de peu de boues résiduelles, les stations d’épuration par filtres plantés de roseaux, destinées aux collectivités semi-rurales de moins de 4 000 habitants, sont en plein développement. Il en existe plus de 1 000 en France, (soit 6 % du total des stations d’épuration) et il s’en construit plus de 150 par an ! En se lançant dans la culture de végétaux filtrants, Oasure a su s’insérer dans un marché de niche et fournir des emplois viables à des personnes en insertion.
Actions et modalités
A l’origine d’Oasure figure Oasis, un jardin membre du Réseau Cocagne depuis 2001. Afin d’élargir l’activité économique du jardin dépendant à 70 % de subventions, ses responsables décident de reprendre une pépinière de roseaux sur le site de Saint-Just Saint-Rambert en 2003. Technologie écologique à l’efficacité prouvée, le système d’épuration par filtres plantés de roseaux s’appuie sur la double capacité d’assainissement du roseau. Au pouvoir glouton de la plante qui vient se nourrir d’éléments polluants dissous dans l’eau, s’ajoute un effet mécanique : en poussant, les racines du roseau viennent percer la boue issue des eaux usées, favorisant l’oxygénation du milieu, nécessaire au développement des bactéries. Ce sont ces micro-organismes qui, en absorbant les résidus, font le gros du travail. Profitant de l’essor des stations d’épuration biologiques et de la faible concurrence sur son territoire, la pépinière d’Oasis rencontre dès ses débuts un vif succès. La production doublant d’année en année, le Jardin de Cocagne entreprend de passer à la vitesse supérieure et fonde Oasure en 2008, entreprise d’insertion au statut de SARL dont il devient le principal actionnaire. Installée sur près de 1 000 m², l’entreprise a pu étendre sa culture à tous les végétaux filtrants favorables à l’assainissement. Une production destinée aux stations d’épuration, mais aussi aux lagunes, à la revégétalisation des étangs ou encore au traitement des cours d’eau. Et la société en herbe ne s’arrête pas là : en plus de la culture, elle assure le service d’implantation.
Résultats
Rien qu’en 2008, Oasure a produit 200 000 roseaux. Une partie de la production a ensuite été revendue, dans un rayon de 300 km, à 22 entreprises du BTP chargées d’équiper les stations d’épuration des collectivités. La même année, l’entreprise a réalisé un chiffre d’affaires de 130 000 €, dont 30 000 € de bénéfices. Un résultat à relativiser au vu des 60 000 € d’aides perçues à sa création. Oasure vise l’équilibre financier d’ici à 2010. La société a permis de créer six postes dont quatre en insertion. Dans un souci constant de développement, l’entreprise a dernièrement fait appel à un commercial à mi-temps.
¹ Cemagref, l’Institut de recherche finalisée de référence pour la gestion durable des eaux et des territoires
² Rapport de l’Institut français de l’environnement "Les services publics de l’assainissement en 2004"
Marie-Claire Ganesco
Agence d’informations Reporters d’Espoirs






