la solidarité à tous les menus
Ambitieuse et passionnée, Judy Servay n’a pas froid aux yeux. Quand à 42 ans, l’ex-productrice audiovisuel ouvre, à Montréal, un restaurant, c’est pour y "encourager le bénévolat créatif, l’engagement et le don de soi", tout en respectant au jour le jour l’environnement… Parce que la majorité du staff est bénévole, le restaurant justement appelé le "Robin des bois", prévoit de reverser l’ensemble de ses bénéfices à des associations d’aides aux plus démunis. Via ce système, dans un esprit plus écologiste qu’environnementaliste, Judy offre à tous ces serveurs d’un soir la possibilité d’aider indirectement les plus faibles et leur planète…
Parcours
En 2004, Judy fête ses 40 ans. Alors productrice de films, à la tête de sa propre entreprise, cette Montréalaise décide soudainement de tout plaquer. Parce que Judy a déjà sa petite idée en tête. Ces 10 dernières années, durant ses heures perdues, elle s'adonne au bénévolat et traine ses bottes dans les associations de solidarité. Sa spécialité : la préparation des repas de Noël pour ceux qu'on appelle au Québec les "itinérants"...
Cohérence au menu
Les acteurs d’espoirs, les artisans du changement, les héros de l’ombre, tous ces gens qui, chaque jour, décident d’améliorer le quotidien des moins chanceux, nous montrent leur sincérité quand, comme Judy, ils cherchent avant tout la cohérence, le bon sens. Au "Robin des bois", environnement et solidarité ne peuvent être dissociés. Et Judy fait son maximum pour ça. Le côté social y est très visible, palpable même. Mais pour le côté écolo, c’est plus subtil, surtout dans un restaurant chic. "On ne met pas de nappes sur les tables pour réduire le nombre de lessives mais les serviettes ne sont pas négociables !", précise notre gérante. C’est bien ça le bon sens ! Et chacun y trouve son compte. Le bénévole qui se nourrit de son action, le client qui allie plaisir et solidarité et Judy… à sa place.
Déclics
Mais au cours de ses différentes rencontres, une chose la frappe : sa démarche bénévole auprès des plus démunis suscite l'admiration de son entourage. "Plusieurs personnes me disaient : 'moi, je n'en serais pas capable.' Le contact direct avec la misère leur faisait peur", explique Judy. Et pourtant, l'envie d'agir était bien là. Quoiqu’il en soit, le temps n'est pas encore venu, pour elle, de se relancer dans la vie active. Judy a soif de voyage. Quelques mois en Afrique viendront confirmer sa motivation et son sentiment : la solidarité est un bien précieux qu'il faut entretenir...
Actions et modalités
De retour du continent noir, elle et son amie Catherine Letoute murissent une curieuse idée : celle de créer un resto chic, sous forme d’association à but non lucratif, dont les bénéfices seraient distribués à des organismes de solidarité et dont le service serait assuré par des bénévoles, ceux-là même qui redoutent le contact avec la pauvreté... Elles l'appelleraient le "Robin des bois". En 2006, c'est chose faite : un prêt bancaire, la participation financière d’un ami et quelques dons font l'affaire. En juin de cette année-là, un restaurant de 40 places s'ouvre au cœur du très chic "Plateau Mont-Royal", le quartier branché de Montréal. Très souvent complet, le "Robin des bois" déménage en 2008 à quelques mètres de là pour pouvoir accueillir 120 personnes, midi et soir. Mais comment fonctionne ce curieux resto ? Tout simplement grâce au logiciel de planning conçu pour l’association. En plus des 25 salariés à plein temps, quelque 3 000 bénévoles viennent tour à tour en cuisine, en salle, au bar ou à la plonge. En un clic, sur le site du restaurant, ils n’ont qu’à réserver leur quart de travail, à l’avance ou à la dernière minute, pour une fois ou pour trois mois. Judy n’est pas regardante, elle sait qu’en 3 ans, elle n’a jamais eu aucun problème de planning… Quelques stars font même parfois de brèves apparitions parmi le staff. De 18 à 80 ans, les bénévoles viennent de toutes les classes sociales mais Judy insiste sur un point : "80 % d’entre eux sont des femmes !". Au bénévolat, vient s’ajouter l’aide de certains partenaires : la boulangerie "Au pain doré" offre quelques baguettes, l’enseigne Cascades fournit le papier-toilette recyclé, etc. Parce que Judy veille sans cesse à rester cohérente, elle propose aussi un café bio et équitable, pratique le compostage, offre les repas aux bénévoles. Sa chef, Julie Rabouin, cuisine local et de saison. Au menu, du croque-végé à l’assiette de crevettes et pétoncles en passant par les galettes de morue poêlées, les prix varient entre 12 et 22 $CAD le plat (soit de 7 à 13 €). Un prix raisonnable, pour attirer une large clientèle et que chacun paie avec plaisir et bonne conscience… Tout cela permet au "Robin des bois" de servir 600 repas par semaine. Dès que l’équilibre financier sera atteint, ce que Judy espère pour 2009, six associations recevront les bénéfices du restaurant.
Jeanne Beutter
Agence d’informations Reporters d’espoirs
EN SAVOIR PLUS:www.robindesbois.ca







