Moins d’énergie pour briller plus
Travailler demain
1,4 million de dollars, c'est le montant qu'ont réussi à économiser des petits restaurants de San Francisco, simplement en fermant les robinets d'eau ou en optant pour des ampoules basse-consommation. Un succès dû à l'appui de l'association Thimmakka. Qu'on ne vienne plus dire que ça coûte cher d'être écolo !
Trois robinets, deux ampoules, c’est gagné !
Pas de budget, pas la même langue, pas de temps à consacrer à autre chose qu'à leur activité : le pari n'était pas gagné d'avance pour Thimmakka ! Et pourtant, l'initiative connaît un succès important. Elle répond à trois enjeux de taille : un enjeu écologique d'abord, puisqu'elle limite considérablement la pollution et le gaspillage ; un enjeu économique, puisqu'elle génère d'énormes économies ; un enjeu social enfin, puisqu'elle donne, via son label, de la visibilité, de la crédibilité et de l’originalité à des restaurateurs isolés, qui gagnent en clientèle. En ces temps de crises écologique, économique et sociale… c'est que du bonheur !
En outre, Thimmakka nous fait prendre conscience qu'économiser de l'énergie, ce n'est pas forcément installer des panneaux solaires. Au contraire, cela commence par la lutte contre le gaspillage et la recherche d'efficacité énergétique en modifiant ses comportements au quotidien.
Enjeux et objectifs
Aux Etats-Unis, le gaspillage d'énergie dans la restauration atteint 80 %. Cela concerne près d'un million de restaurants, dont la facture énergétique atteint… 10 Mds$.
Une catastrophe, qui a poussé les gouvernements locaux à intervenir auprès des professionnels de la restauration, pour que ceux-ci prennent plus en considération leur impact environnemental. Oui, mais… ces mesures concernent les grands restaurants ! Or, aux Etats-Unis, 7 restaurants sur 10 emploient moins de 20 salariés 1! Pour ces petits établissements, la performance énergétique n'est pas une priorité. Et pour ceux qui sont immigrés et qui ne parlent pas bien anglais, comprendre les réglementations en vigueur est souvent mission impossible. C'est à eux que s'adressent l'association Thimmakka : elle intervient auprès des petits restaurants afin de les accompagner dans la mise en place de démarches environnementales.
Actions et modalités
Ritu Primlani, titulaire d'un diplôme de géographie de l'université de Delhi (Inde) puis d'un autre diplôme de géographie, droit et aménagement urbain de l'université de Californie (Etats-Unis), fonde l'association Thimmakka en 1998 à San Francisco. Elle s'adresse en priorité aux restaurateurs issus des minorités et qui, ne parlant pas bien anglais, ont des difficultés à comprendre les réglementations en vigueur : "Lors de mes interventions, je traque le moindre gaspillage d’eau ou d’électricité et mesure la production de déchets ou de CO2. Après quoi, je propose différents outils pour réduire ces dépenses inutiles et nuisibles pour l’environnement." Pas besoin de révolution : opter pour des ampoules à basse consommation, changer le robinet qui coule, ne plus imprimer de factures mais les envoyer par Internet ou installer un bac pour les déchets organiques que les services municipaux récupéreront, ces petites mesures suffisent à faire la différence. Et parce que les gestionnaires des restaurants n'ont pas forcément beaucoup de temps à consacrer à cette démarche, Ritu Primlani se rend elle-même dans l'établissement pour aider à la mise en place des nouvelles pratiques. Une attitude qui permet à l'établissement concerné de recevoir le label "Thimmakka certified green restaurant", entre trois et six mois après le diagnostic.
Dernier point : qui dit "petit restaurant" dit "petit budget". Ainsi, pour que l'établissement n'ait pas à supporter les coûts de sa transformation, Ritu Primlani a adopté le modèle des Esco (Energy Service Company), qui consiste à se payer sur les économies générées par les nouvelles installations. Sûre de ses résultats, Ritu propose donc sa prestation gratuitement, puis encaisse, chaque année et pendant deux ou trois ans, la moitié des 2 100 US$ (1 500 €) économisés, en moyenne, par restaurant.
Résultats
Entre 2003 (date de la première certification) et 2008, 120 restaurants ont reçu le label "Thimmakka certified green restaurant". Les pratiques qu'ils ont adoptées ont évité la production de près de 20 000 tonnes de déchets solides et de 426 tonnes de CO₂ et ont économisé 40,9 millions de litres d'eau et près d'un million de kWh d'électricité. Au total, 1,4 M$ d'économies !
¹ BE Etats-Unis numéro 36, Ambassade de France aux Etats-Unis / Adit, mai 2006
Amaury Guillem
Journaliste Agence d’informations Reporters d’Espoirs
EN SAVOIR PLUS:www.thimmakka.org






