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Se nourrir en 2020 Par Luc Semal, le 11.06.09

En 2020, au marché, M. et Mme Hulot prennent le temps de sélectionner avec soin les légumes qu'ils achètent. Ils essayent au maximum d'acheter des produits de saison, produits localement, et issus de l'agriculture biologique. Ainsi, en ce mois d'octobre, ils remplissent leurs paniers de potirons, de poireaux, de choux, d'endives, de pommes de terre, de carottes, de pommes, de poires, etc. Ils ont renoncé, par exemple, aux tomates d'hiver, qui de toutes façons n'ont jamais vraiment beaucoup de saveur. Bien sûr, cela ne les empêche pas d'acheter de temps en temps une boîte de coulis de tomate pour une pizza ou pour une sauce, mais pas question d'en faire la base de leur alimentation. Ils éprouvent un certain plaisir à vivre au rythme des saisons et à manger des produits meilleurs : ils ont le sentiment de vivre bien.

Beaucoup des repas de la famille Hulot sont des repas végétariens. Les protéines sont fournies par les œufs et les produits laitiers, mais aussi par des associations de céréales et de légumineuses. Dans beaucoup de cultures non-occidentales, les « associations protéiniques » de ce type fournissent les protéines à une population disposant de peu de viande : le humus associe le blé du pain avec les pois chiches, le couscous associe semoule de blé et pois chiches, le riz cantonnais associe le riz avec les petits pois, les tacos mexicains associent tortillas de maïs et haricots rouges, etc. Mme Hulot se fie totalement à ces associations, et elle est donc devenue totalement végétarienne par souci écologique : l'élevage est un véritable gouffre énergétique, et l'un des principaux secteurs d'émission de gaz à effet de serre en Europe. Mr Hulot et les enfants, en revanche, continuent à manger de la viande, mais moins souvent qu'auparavant, en plus petite portion et de meilleure qualité. Un peu de poulet ou une andouillette de temps en temps, cela fait tout de même bien plaisir...

Contrairement à ce que l'on pense généralement, ces pratiques alimentaires écologiques ne coûtent pas plus cher qu'une alimentation traditionnelle. Déjà en 2008, plusieurs études montraient que les consommateurs qui se tournaient vers le Bio dépensaient plus dans un premier temps, mais moins dans un second temps : en effet, les gens qui commencent à manger Bio par souci écologique finissent aussi par changer leur alimentation en préférant des produits de saison, en évitant les mélanges industriels et en consommant moins de viande. Or la viande, les plats préparés et les produits frais hors-saisons sont parmi les produits les plus chers que l'on puisse trouver ! Sans compter que lorsqu'on réfléchit davantage à ce que l'on consomme, on tend à ne pas acheter trop et à moins gâcher.

Tout cela, il était déjà possible de le savoir en 2008, mais les idées reçues ont la vie longue. C'est pourquoi même en 2020, beaucoup de gens continuent à vouloir à tout prix leur morceau de viande chaque jour, en dépit de la hausse inquiétante de l'obésité dans la population française. Mr Hulot et sa famille ont fait un choix inverse, en choisissant de rejoindre une AMAP, de favoriser les circuits courts et d'avoir une alimentation peu carnée.

Extrait d'un texte original de Luc Semal disponible sur www.epe-asso.org/doc_prix/Rapport%20Luc%20Semal%20Prix%202008.pdf "

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