Penser la transition

Agriculture : se passer des pesticides, c’est possible !

Publié le 23 mars 2016
Le sujet des pesticides est au cœur de l’actualité : Cash Investigation, vote de l’interdiction des néonicotinoïdes en 2018, autorisation européenne du glyphosate... Ils se concentrent tout autant sur la dangerosité de ces substances que sur les alternatives pour l’agriculture. Alors peut-on vraiment faire avec moins de / sans pesticides ? De nombreux exemples vont dans ce sens.

Alternatives aux pesticides

L’alternative c’est l’agroécologie

Depuis 60 ans, l’agriculture s’est largement appuyée sur les intrants de synthèse (engrais et pesticides) afin d’augmenter les rendements. Le succès a été au rendez-vous mais les impacts écologiques de ces nouvelles pratiques n’ont été mis en évidence que bien plus tard. Depuis les premiers soupçons sur les impacts sanitaires et environnementaux des pesticides, les études se multiplient pour pointer leur dangerosité… jusqu’aux prises de positions de l’OMS ou encore de l’EFSA sur certains produits ou encore les interdictions de certains pays voire de l’Union Européenne de certains produits et usages. Les pouvoirs publics commencent donc à prendre conscience de l’ampleur des dégâts mais beaucoup reste à faire tant au niveau national qu’européen.

Mais comment faire avec moins de chimie voire sans chimie ? Le meilleur exemple reste l’agriculture biologique qui n’utilise pas d’engrais ni de pesticides de synthèse. En France, son développement actuel (près de 5% de la surface agricole française est en bio, + 17% en conversion la dernière année) montre que non seulement cette agriculture est écologiquement intéressante mais en plus économiquement et socialement enviable.

Au-delà de l’agriculture biologique, il est possible pour les agriculteurs de réduire fortement l’usage des pesticides. Les fermes du réseau DEPHY (réseau de Démonstration, d’Expérimentation et de Production de références du plan Ecophyto) le prouvent. Comme pour l’agriculture biologique, le secret – qui n’en est plus un – est le retour à l’agronomie : rotation des cultures, variétés adaptées, décaler les semis, bio-contrôle, rétablissement des haies et autres infrastructures agro-écologiques… C’est une modification des pratiques et de l’organisation même du système agricole qui est en jeu. Pas simple mais tout à fait réalisable à moyen terme si les pouvoirs publics le soutiennent et l’encouragent.

Des exemples d’alternatives

Mi-mars, le débat et le vote par les députés de l’interdiction des pesticides néonicotinoïdes en 2018 ont relancé cette question des alternatives. Le gouvernement a mis en avant, notamment via le courrier de Stéphane Le Foll à l’attention des députés en amont du vote, le fait qu’une telle interdiction serait compensée par l’utilisation d’alternatives chimiques plus nocives encore (d’autres pesticides). Si cette option est possible, elle n’est bien entendu pas souhaitable et encore moins à favoriser… Les alternatives dont parlent les associations, les apiculteurs et les agriculteurs déjà engagés dans ces démarches sont bien des pratiques n’ayant pas recours à la chimie de synthèse !

Par exemple, le maïs est une culture pour laquelle sont utilisées les semences enrobées de substances néonicotinoïdes afin de lutter contre un insecte : le taupin. Celui-ci mange les graines semées et qui n’ont pas encore levé, causant donc des pertes.

Afin de lutter contre le taupin, non pas a priori (c’est à dire sans savoir s’il est bien présent ou non dans la parcelle) mais sur la base d’observations de sa présence, plusieurs pratiques sont  aujourd’hui mises en évidence : l’allongement de la rotation et la place du maïs dans la rotation, décaler la date du semis, utiliser le bio-contrôle (champignons ou nématodes), substances répulsives ou attractives (appâts)… Face à un problème, l’agroécologie ne propose pas une solution unique mais une convergence de pratiques afin de réduire la pression des ravageurs… sans mettre à mal l’environnement.

D’autres pays ont élargi l’interdiction de certaines substances, comme l’Italie qui a permis de constater la diminution des mortalités de ruches - de 37,5% à 15 % - avec un maintien de la production de maïs.

La France peut continuer à être en pointe

Quelques années après que la France et l’Europe ont fait un premier pas vers l’interdiction d’une partie des substances néonicotinoïdes, les députés français ont voté leur interdiction (toutes les substances et tous les usages) au 1er septembre 2018. C’est un nouveau pas vers l’agroécologie qui doit être confirmé par le vote du Sénat.

L’usage d’autres produits est également discuté actuellement, notamment le glyphosate (le fameux Round Up).  La loi pour la transition énergétique a adopté l’interdiction de la vente en libre service pour les particuliers à partir du 1er janvier 2017 et l’interdiction de l’ensemble de l’usage des pesticides aux particuliers en 2019.

D’ici là, la Commission européenne devait se prononcer en mars sur le renouvellement de l’autorisation du glyphosate en Europe pour 15 ans supplémentaires. Sous la pression de certains Etats, dont la France, qui ne souhaitent pas renouveler cette autorisation, la Commission a remis sa décision au 18 et 19 mai prochains.

La France peut poursuivre son engagement en faveur d’une agriculture moins dépendante des pesticides et meilleure pour la santé et l’environnement en actant la fin des néonicotinoïdes, en mettant en lumière les solutions alternatives issues de l’agroécologie et en maintenant sa position concernant l’interdiction du glyphosate au niveau européen. Le nouveau plan Ecophyto doit être l’outil phare permettant l’évolution de notre modèle agricole.