Penser la transition

Pollutions du diesel : quelles solutions ?

Publié le 25 mars 2017

Pourquoi le diesel est-il un problème de santé publique ?

En 2012, l’OMS a classé les gaz d’échappement des moteurs diesel « cancérigène certain », comme l’amiante et le tabac. En cause l’émission de particules fines (PM10, PM2,5) qui polluent l’air que les français respirent tous les jours. Cette pollution est responsable de problèmes respiratoires et cardiaques chroniques (touchant particulièrement les enfants et les personnes âgées) comme de cancers des poumons (CIRC, OMS) et du sein (EHP, 2014).

En plus, la combustion du diesel contribue aux émissions de dioxyde d’azote (NO2) irritants pour les poumons. 87% des dioxydes d’azotes émis par le trafic routier sont le fait des moteurs diesel ! Or cette pollution de l’air affecte la vie des populations et a un coût pour la société dans son ensemble. L’interdiction localisée dans les aires urbaines, par la mise en place notamment de zone de circulation restreinte interdisant la circulation des véhicules les plus polluants, va donc dans le sens de la protection de la santé des citoyens.

Le diesel « propre » : une fausse solution

Les technologies, pots catalytiques et pièges à NOx, ont laissé penser que l’on pouvait évoluer vers un diesel « propre ». Or, les améliorations récentes sous l’effet des normes européennes restent insuffisantes. Dans les faits, en situation de conduite réelle, les émissions de NOx et de particules sont toujours largement au-dessus des normes autorisées et affectent la santé des citadins. Le scandale autour des émissions réelles des véhicules diesel démontre l’insuffisance des systèmes d’homologation des véhicules : ceux-ci ne sont pas conçus pour réduire les émissions et lutter réellement contre la pollution de l’air. Les automobilistes ne s’y trompent pas puisque les ventes sont en baisse !

Pourquoi le diesel n’est-il pas une économie ?

30% moins taxé à la pompe que l’essence, l’automobiliste pense que le diesel est moins cher. Mais pris en compte le surcoût à l’achat et à l’entretien, le diesel n’est intéressant que si le véhicule roule de 20 000 à 30 000 kilomètres par an (UFC-Que Choisir). Aujourd’hui un véhicule particulier parcourt en moyenne 12000 kilomètres par an.

De plus, il existe des coûts cachés liés à la pollution, au bruit, aux accidents qui sont payés par la société et non par l’automobiliste. En fait les taxes sur les carburants ne couvrent que 40% des coûts liés à la circulation automobile. Il reste 1600 euros par véhicule/an à la charge de tous, automobilistes ou non, via d’autres impôts.

En particulier, les impacts sanitaires avérés du diesel coûtent chaque année plusieurs milliards à l’Assurance Maladie. Pourtant, contrairement à d’autres produits nocifs taxés pour la financer, comme le tabac, le diesel bénéficie lui d’un avantage fiscal qui coute à l’Etat 7 milliards par an de plus.

La Fondation Nicolas Hulot rappelle que l’avantage fiscal dont bénéficie le diesel n’est pas en cohérence avec la transition énergétique. Alors que les émissions des véhicules nuisent à la santé des populations, le diesel fait figure de double peine.

Faut-il interdire le diesel ?

Face à la pollution de l’air et aux enjeux sanitaires, faut-il interdire la circulation des véhicules diesel ? Plusieurs grandes villes européennes, dont Paris, ont d’ores et déjà annoncées des échéances (2020, 2025) pour écarter définitivement de leurs rues des véhicules désormais considérés comme trop polluants, principaux émetteurs des fameuses particules et des dioxydes d’azotes (NOx), responsables de maladies respiratoires notamment. Certains pays, comme les Pays Bas ou la Norvège, vont plus loin en proposant de sortir des énergies fossiles avec l’arrêt des ventes de véhicules à essence et au diesel à partir de 2030.

Ces objectifs témoignent d’une révolution en cours dans les transports. Les nouvelles solutions de mobilité émergent : carburants alternatifs, électricité, voitures plus légères, mobilité active, connectivité croissante, automatisation… Elles répondent à des besoins évidents : une mobilité accessible à tous, simple d’utilisation, agréable, conviviale, moins bruyante, moins polluante.

La majorité des déplacements en ville font moins de 3 km et la distance moyenne parcourue chaque jour en voiture par les Français est de 25km. Si le diesel peut répondre à certains usages (déplacements longues distances, transports de matériaux), il n’est pas une solution pour les trajets courts, urbains et périurbains, et n’est donc pas adapté pour plus de 60% du parc de véhicules particuliers en France. L’interdiction localisée dans les aires urbaines va donc dans le sens de la protection de la santé des citoyens. Les mesures de restrictions devront prendre en compte la capacité de chacun à répondre à ses besoins de mobilité.

Dans l'actualité

Le dieselgate : un scandale qui reste sans réponse

En septembre 2015, le scandale Volkswagen révélait les méthodes de fraude utilisées par le constructeur pour passer les tests d’homologation des véhicules diesel. Un scandale qui connaît depuis de nombreux rebondissements en Europe, y compris en France. Si l’expression fraude généralisée ne peut être utilisée, les résultats des enquêtes complémentaires menées depuis cette date dans plusieurs pays ont montré qu’une grande partie des véhicules ont des niveaux d’émissions de polluants (NOx) et de CO2, bien supérieurs à ce qui est affiché par les constructeurs.

Ce scandale illustre une dérive liée au flou des textes européens et aux limites pures et simples du système d’homologation des véhicules, mais également le résultat d’un manque de transparence dans le débat démocratique au niveau européen et national.

Les propositions de la Fondation Nicolas Hulot
  • Supprimer l’avantage fiscal du diesel

La suppression progressive de cet avantage fiscal injustifié permettra de rentabiliser plus rapidement les investissements nécessaires à l’amélioration de l’efficacité énergétique des véhicules et de dégager des financements pour développer les alternatives ou éponger le déficit de l’Assurance Maladie.

Téléchargez la plaquette pédagogique du Réseau Action Climat et de la Fondation Nicolas Hulot : « Diesel et pollution : quelles solutions ? »

  • Développer les alternatives

Le problème du diesel est aussi celui de la place trop importante du véhicule individuel dans les déplacements. Développer les transports en commun, le covoiturage et les mobilités actives en débloquant les financements suffisants doit être une priorité. Retrouvez sur ce sujet notre publication : Solutions de mobilité soutenable en milieu rural et périurbain.

  • Réformer le système européen d'homologation pour des véhicules réellement moins polluants

  • Dieselgate : Pour un rappel des véhicules dépassant les niveaux d'émission affichés par les constructeurs.