Penser la transition

Toutes les 15 minutes, un éléphant est victime du braconnage

Publié le 04 mai 2017
Le braconnage, la surexploitation des ressources et le commerce illégal sont les principales causes d’extinction des espèces menacées. Ces activités font non seulement des ravages écologiques mais aussi économiques.

Les espèces menacées n’ont même plus de sanctuaire. Selon un rapport du WWF International, plus de 45% des sites naturels et mixtes inscrits au Patrimoine mondial de l'Unesco sont touchés par le prélèvement illégal d'espèces protégées. Le braconnage, l’exploitation forestière et la pêche illégale sont des pressions quotidiennes exercées sur la faune et la flore de ces sites représentant une valeur universelle exceptionnelle et pourtant protégés par la Convention du patrimoine mondial et la CITES*. Ces sites constituent bien souvent un dernier refuge et le développement colossal des activités humaines détruit progressivement les habitats de ces espèces menacées, ce qui les contraint à changer de zone pour continuer de se nourrir et de se reproduire. Les tigres, les éléphants et les rhinocéros sont en tête des espèces les plus menacées selon la dernière liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Entre 2007 et 2014, près de 144 000 éléphants d’Afrique ont été abattus, soit un tiers de la population ! Sur les 85 604 espèces étudiées en 2016 par l’UICN, 24 307 sont menacées d’extinction au niveau mondial. Parmi elles, 42% d’amphibiens, 25% de mammifères et 13% d’oiseaux. Nos plus proches cousins (60% des espèces de singes) sont ainsi menacés d’extinction d’ici 25 à 50 ans. Ce constat alarmant n’est malheureusement pas nouveau.

Elephant braconnages

Un commerce illégal lucratif

Le commerce d'espèces sauvages représente 15 à 20 milliards de dollars par an. Il se place au 3e rang des trafics les plus lucratifs après celui de la drogue et du trafic d’armes. Le commerce du bois précieux (ébène, bois de rose) est responsable de 90% de la déforestation des grands pays tropicaux et est estimé chaque année entre 30 et 100 milliards de dollars. Les braconniers, agissant principalement en Afrique et en Asie, ne reculent devant rien pour assouvir les exigences de leur clientèle essentiellement asiatique. Trophées de chasse, produits de luxe, remèdes traditionnels, animaux de compagnie... les espèces protégées sont tuées pour des raisons régies par l’argent. Si l’ivoire des éléphants et la corne des rhinocéros se vendent à prix d’or (plus de 50 000 euros le kilo pour la corne), d’autres espèces moins connues sont victimes du braconnage. Le pangolin, petit mammifère insectivore, en est le triste emblème. Depuis 2002, plus d’un million de pangolins ont été tués, classant l’espèce dans la catégorie en danger critique d’extinction par l’UICN. Considéré comme un mets de luxe, le pangolin est particulièrement apprécié en Chine et au Vietnam pour ses écailles et sa chair aux supposées vertus médicinales (remède contre le cancer, aphrodisiaque).

braconnage d'animaux sauvages

Un trafic aux dépens des populations locales 

Les sanctions pour les braconniers et les trafiquants restent faibles pour les dissuader d’abandonner leurs pratiques. Une simple amende est en général à régler, ce qui constitue une peine dérisoire face aux profits accumulés et aux dommages causés. L’inefficacité des gouvernements à mettre un terme au braconnage détruit non seulement les écosystèmes et les espèces qui y vivent mais pénalise également les populations locales. La dégradation d’un écosystème engendre en effet des migrations ce qui provoque un déséquilibre sur de nouveaux milieux (disparition d’autres espèces, apparition d’espèces invasives). Autre conséquence des ces migrations, les éleveurs ou les agriculteurs sont régulièrement confrontés aux animaux sauvages qui se retrouvent sur leur terrain pour chasser le bétail. La perte économique est aussi conséquente et se compte en millions d’euros. Les sites du Patrimoine mondial de l’Unesco attirent chaque année de nombreux visiteurs désireux de voir les animaux dans leur environnement naturel et offrent ainsi plus de 90% d’emplois au niveau local. Si la présence des animaux diminue, le nombre d’activités liées au tourisme baisse également. La préservation des espèces menacées passe donc par la protection des écosystèmes, une sensibilisation au niveau local et des sanctions exemplaires. Pour cela, des actions coordonnées de sécurité à l’échelle internationale et des politiques de développement durable doivent être mises en place en accord avec les populations. 

* Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES)


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