Décryptage

10 livres pour prendre de la hauteur cet été

Publié le 13 juillet 2021 , mis à jour le 19 juillet 2021

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Chaque mois, nous vous donnons les clés pour comprendre le monde qui nous entoure et agir, chacun à son niveau

En manque d’idées de lectures pour cet été ? La Fondation fait le zoom sur une saison 2020-2021 riche en publications des membres de son Conseil Scientifique. Chaque ouvrage participe à sa manière à la construction ou reconstruction d’un débat public qui reprend prise sur l’avenir, car pleinement ancré dans les défis de notre temps. Bel été, et bonne lecture !

L’économie à venir

Gaël Giraud et Felwine Sarr (Les liens qui libèrent, mai 2021)

Le mot de l’éditeur : Dans un dialogue approfondi, Gaël Giraud et Felwine Sarr réfléchissent la modernité, repensent l'héritage des Lumières, déconstruisent le capitalisme, imaginent des gouvernements qui prendraient leurs distances par rapport au réductionnisme capitaliste... Mêlant philosophie, spiritualité, politique et économie, cet échange rappelle que l'économie n'est pas une finalité et insiste sur la nécessité pour l'humanité de se définir un projet plus grand que la maîtrise des instruments.

L’illusion de la finance verte

Alain Grandjean et Julien Lefournier (Les éditions de l’Atelier, mai 2021)

Le mot de l’éditeur : Une partie de la finance devient « verte », censée favoriser la transition écologique et énergétique, voire sauver le monde pour les plus audacieux de ses défenseurs. Impressionnante transformation quand la raison d'être de la finance reste... de faire de l'argent avec de l'argent ! Comment les mêmes acteurs financiers pourraient d'une part, faire ce qu'ils font normalement, c'est-à-dire maximiser le rendement de leurs investissements et, d'autre part, accepter de le réduire pour limiter la dérive climatique, dépolluer ou rendre l'air respirable ? Une grande variété d'acteurs et d'observateurs ont l'intuition que le récit proposé par la finance verte ne colle pas à la réalité mais n'arrivent pas à voir exactement où le bât blesse. Alain Grandjean et Julien Lefournier le montrent : ce récit ne résiste pas à l'analyse. Ces produits ne constituent pas une nouvelle classe d'actifs qui favoriseraient la transition. La finance ne fait ni mieux ni pire que ces entreprises qui se sont mises au « vert », au « durable » ou à « l'éco-responsable » de manière superficielle, exploitant une nouvelle forme de suggestion commerciale, un nouveau business. Malgré les belles promesses, la solution au financement de la transition ne viendra pas du marché lui-même car la transition implique un changement de modèle économique.

Droit constitutionnel de l’environnement

Sous la direction de Marie Anne Cohendet (Mare et Martin, mai 2021)

Le mot de l’éditeur : Le droit constitutionnel de l'environnement est en plein essor. L'avènement de la démocratie a permis l'adoption de dispositions constitutionnelles relatives à la protection de l'environnement dans de nombreux pays. Mais le recul de la démocratie implique aussi souvent une régression du contenu ou de l'application de ces dispositions. Comment perfectionner l'organisation des institutions pour répondre à l'urgence climatique et à la dégradation massive de la biodiversité ? La plupart des constitutions du monde contiennent désormais des dispositions relatives à la protection de l'environnement. Quel est leur contenu ? Sont-elles efficaces ? Sont-elles respectées par les juges (constitutionnel, administratif et judiciaire), par les gouvernants et par chacun de nous ? De nombreux auteurs venus des quatre coins de la planète se sont réunis afin d'approfondir ces questions. Leurs réflexions sont très précieuses pour renforcer le respect des normes fondamentales adoptées par le peuple.

Désobéir pour la Terre

Sous la direction de Dominique Bourg, Clémence Demay et Brian Favre (PUF, mai 2021)

Le mot de l’éditeur : Le livre fait le point sur la désobéissance civile et l'état de nécessité, juridiquement, historiquement et philosophiquement. Il rassemble des témoignages, des plaidoiries exemplaires et des jugements, des argumentaires et analyses en faveur de la désobéissance civile et des éclaircissements en matière de doctrine, tant en ce qui concerne l'engagement juridique de l'état de nécessité que le rôle du juge. Il permet de comprendre les limites, les raisons et la fonction des actions de désobéissance civile. Il met en lumière la pertinence de l'argument de l'état de nécessité dans le contexte qui nous échoit désormais. Dans un style précis mais accessible, il est utile à toute personne, qu'elle soit juriste, politiste, militante, journaliste, et à toute citoyenne ou citoyen qui veut réfléchir sur ces sujets.

Ce que la nature sait. La révolution combinatoire de la biologie et ses dangers

Nicolas Bouleau (PUF, janvier 2021)

Le mot de l’éditeur : Tout comme les travaux de Darwin, la révolution provoquée par la découverte de la double hélice, en 1953, tient à l'ordre de grandeur vertigineux des possibilités combinatoires. Le vivant que nous connaissons n'est qu'une infime partie de ce qui est concevable. Ces ADN qui n'existent pas, et qui pour beaucoup d'entre eux n'ont jamais existé, posent la question majeure de la rencontre fortuite de molécules artificielles avec l'existant. Cette problématique, unique dans l'histoire, interroge la notion de providence qui est en balance avec celle de précaution. Au-delà des religions, bien des scientifiques ont une vision providentielle du progrès technique. C'est le cas en biologie de synthèse lorsque des chercheurs procèdent à des « essais pour voir », mais la résilience de la nature n'a pas été façonnée pour réagir à des artefacts. C'est une des raisons pour laquelle il est facile de la mutiler mais impossible de la refaire. Si la biologie est pertinente pour prendre soin du vivant existant, le blanc-seing que les chercheurs se donnent pour l'inventer est infondé. Et on peut postuler les risques qui ne tarderont plus à apparaître désormais, depuis que des jumelles génétiquement modifiées sont nées en catimini en Chine.

Et si la santé guidait le monde ?

Eloi Laurent (Les liens qui libèrent, novembre 2020)

Le mot de l’éditeur : Ces derniers mois, la moitié des gouvernements de la planète faisaient le choix de préférer la santé de leurs populations à la croissance de leurs économies faute d'avoir pris soin de la vitalité de leurs écosystèmes. La leçon est implacable : détruire la Nature est un suicide social et accessoirement une folie économique dont nous n'avons pas les moyens. Ce livre soutient que l'espérance de vie et la pleine santé doivent désormais devenir nos boussoles communes dans ce nouveau siècle.

Les révoltes du ciel. Un histoire du changement climatique

Jean Baptiste Fressoz et Fabien Locher (Seuil, octobre 2020)

Le mot de l’éditeur : De l'aube de l'époque moderne au milieu du XXe siècle, les sociétés occidentales ont débattu du changement climatique, de ses causes et de ses effets sur les équilibres écologiques, sociaux, politiques. On ne se préoccupait alors ni de CO2 ni d'effet de serre. On pensait par contre que couper les forêts et transformer la planète modifieraient les pluies, les températures, les saisons. Cette question fut posée partout où l'histoire avançait à grands pas : par les Conquistadors au Nouveau Monde, par les révolutionnaires de 1789, par les savants et les tribuns politiques du XIXe siècle, par les impérialistes européens en Asie et en Afrique jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.
Cette enquête magistrale raconte pour la première fois les angoisses et les espoirs de sociétés qui, soumises aux aléas du ciel, pensent et anticipent les changements climatiques. Elle montre que la transformation du climat fût au coeur de débats fondamentaux sur la colonisation, Dieu, l'Etat, la nature et le capitalisme et que de ces batailles ont émergé certains concepts-clés des politiques et des sciences environnementales contemporaines. Si, pendant un bref laps de temps, l'industrie et la science nous ont inculqué l'illusion rassurante d'un climat impassible, il nous faut, à l'heure du réchauffement global, affronter de nouveau les révoltes du ciel.

On a tous un ami noir

François Gemenne (Fayard, septembre 2020)

Le mot de l’éditeur : Pas une semaine ne s’écoule sans qu’éclate une nouvelle polémique sur les migrations : violences policières, voile dans l’espace public, discriminations, quotas, frontières… Les débats sur ces sujets sont devenus tendus, polarisés et passionnels, tandis que la parole raciste s’est libérée, relayée avec force par des activistes identitaires. Collectivement, on a accepté de penser les migrations à partir des questions posées par l’extrême-droite, en utilisant même son vocabulaire. Quant à nous, chercheurs, nous nous sommes souvent retrouvés réduits à devoir débusquer rumeurs et mensonges, qu’il s’agisse de dénoncer le mythe de l’appel d’air ou du grand remplacement.
Nos sociétés resteront malades de ces questions tant qu’elles continueront à les envisager sous l’unique prisme des idéologies. C’est toute l’ambition de ce livre : montrer qu’il est possible de penser ces sujets de manière rationnelle et apaisée, en les éclairant de réflexions et de faits qui sont bien trop souvent absents des débats. En montrant, par exemple, que les passeurs sont les premiers bénéficiaires de la fermeture des frontières. Ou que la migration représente un investissement considérable pour ceux qui partent, alors qu’ils se retrouvent souvent décrits comme la « misère du monde ».
Les questions d’identité collective doivent être des enjeux qui nous rassemblent, plutôt que des clivages qui nous opposent. À condition de reconnaître et d’affronter les problèmes structurels de racisme dans nos sociétés. Après tout, on a tous un ami noir.

Des vents porteurs. Comment mobiliser (enfin) pour la planète ?

Thierry Libaert (Le Pommier, septembre 2020)

Le mot de l’éditeur : Au plus haut de la vague verte, portés par un raz-de-marée de bonnes intentions, nous serions prêts - les sondages sont formels - à accoster en terre promise : tous écolos ! En figure de proue, la jeune génération, embarquée et bien décidée à prendre la barre. Le souffle de l'espoir se lève. Or, à observer les comportements réels de nos concitoyens, rien n'est moins sûr. Malgré les écogestes, les petits ruisseaux ne font pas les grandes rivières : nos habitudes de consommation, y compris celles des jeunes, restent fermement arrimées à un tout autre imaginaire, de croissance, de réussite matérielle, de bonheurs achetables... Dans ces conditions, comment mobiliser en profondeur pour le plus grand défi du siècle ? Thierry Libaert, spécialiste de la communication environnementale, estime que nous nous sommes trompés de combat : tout discours écologique « contre » - le nucléaire, les OGM, les pesticides, le bisphénol, le CO2... - rate sa cible. Il nous faut, pour sortir de l'inertie, repenser l'ensemble des discours de sensibilisation, relier les enjeux climatiques et écologiques à nos vies quotidiennes, proposer un nouveau récit, modifier nos représentations mentales, réenchanter notre imaginaire. Ce livre propose de nombreuses pistes d'action. À nous de fixer le cap, pour trouver (enfin !) les vents porteurs...

Quelles sciences pour le monde à venir?

Ouvrage collectif du Conseil Scientifique de la Fondation Nicolas Hulot (Odile Jacob, octobre 2020)

Le mot de l’éditeur : L’époque est riche en événements et situations où l’expertise scientifique est sommée de se prononcer. Quittant les laboratoires pour descendre dans la rue, elle doit affronter les lobbies industriels, les médias, et composer avec des stratégies politiques et économiques qui lui sont étrangères. La « vérité » scientifique, toujours temporaire et fragile, sort souvent malmenée de ce combat inégal. Comment faire en sorte que la science devienne la meilleure alliée de la démocratie ? C’est un vaste chantier auquel s’est attelé depuis vingt ans le Conseil scientifique de la Fondation Nicolas Hulot.

À partir d’exemples concrets, dont au premier chef la question du climat, il a patiemment démêlé l’écheveau d’intérêts particuliers et de modes de pensée obsolètes qui mènent à s’opposer systématiquement aux avancées de la science et à maintenir un commode statu quo (business as usual et « après moi le déluge »), même lorsque l’avenir de la planète est en jeu. Ces analyses éclairantes montrent la voie d’une meilleure dissémination de la pensée scientifique permettant à tout citoyen de décider en toute indépendance de son avenir.

Ces mesures pour une saine prise en compte de la science dans le débat et l’action politique se résument en un « pacte scientifique » en cinq points, quinze ans après le « pacte écologique » proposé par la même Fondation.

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