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A Haïti, deux jeunes relancent la culture du café et du cacao pour lutter contre la précarité

Publié le 04 mai 2021

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Haïti, pays encore trop méconnu pour ses richesses, présente un fort potentiel pour la cacaoculture et la caféiculture. Relancer leur production grâce à la restauration de parcelles cultivées en agroforesterie, tel est le défi que Genise et son amie Osmite veulent relever en 2021. 

Le projet Jaden caféiers, lauréat de Génération Climat porté par la FNH, vise à réhabiliter les jaden Lakou, traditionnels jardins créoles de culture mixte, pour diversifier les sources de revenus des petits producteurs et relancer une filière d’exception.

Genise : une trentenaire qui met sa passion de l’agronomie au service de l’économie locale 

Aujourd’hui jeunes trentenaires, Genise est venue étudier à Paris en 2016 et Osmite l’a rejointe deux ans plus tard. C’est donc à distance pour Genise et sur place pour Osmite qu’elles ont vécu l’ouragan Matthew, l’événement qui a touché leurs familles et leurs proches vivant en Haïti, un pays où la multiplication des cyclones et des séismes maintient une population vulnérable dans une grande pauvreté. Certainement une des raisons qui a précipité leur engagement dès 2018, pour aider les paysans et leur famille à replanter et à se relever d’une telle catastrophe.

Sur le papier, Genise Pierre est titulaire d’un diplôme d’ingénieure en agronomie et d’un master en développement durable, biodiversité et aménagement des territoires, mais c’est bien sur le terrain, auprès de ses concitoyens Haïtiens que Genise met à profit son expérience et ses compétences. Passionnée depuis toujours par son sujet, elle parle avec enthousiasme des riches arômes des cerises de café Typica, des notes fruitées des cabosses de cacao criollo ou trinitario, ces variétés anciennes, particulièrement adaptées au terroir et au climat, cultivées depuis toujours à Haïti. C’est donc avec la conviction que la cacaoculture et la caféiculture sont essentielles pour aider l’économie locale que Genise et son amie Osmite, elle aussi experte en agronomie, montent « Jaden caféiers » en 2019.

Elles s’engagent toutes deux dans la région de l’Azile auprès de la communauté Aziloise pour l’aider à réhabiliter des modes de culture traditionnels.  Ce fut d’ailleurs le tout premier projet réalisé à l’Azile après le passage de l’ouragan Matthew. L’objectif étant de restaurer des parcelles agricoles délaissées et mal entretenues afin de relancer une filière d’excellence basée sur le café et le cacao. Une production nullement influencée par l’introduction d’hybrides ou de variétés plus prolifiques issues de la recherche.

« Jaken Ladou », point de départ d’un projet solidaire pour sensibiliser et former les paysans haïtiens à l’agroécologie

Ce sont bien les « jaden Lakou », version créole de la permaculture fondée sur l’association des cultures et le compagnonnage des plantes, qui sont à la base du programme que Genise et Osmite poursuivent aujourd’hui avec Jaden caféiers. Mais la réhabilitation et la restauration de ces systèmes agroforestiers associant café et/ou cacao nécessitent de profondes transformations pour faire face à l’évolution du climat. Cela signifie sensibiliser toujours davantage, former plus de gens, distribuer plus de plants et de semences paysannes à des petits producteurs qui, dans un monde instable, prennent conscience de leur vulnérabilité face à la variabilité des conditions climatiques. C’est notamment le cas avec l’alternance accrue de fortes précipitations et de périodes de sécheresse qui rendent plus difficile la planification d’un calendrier agricole. 

Jaden Lakou : un mode de culture adapté au milieu

Les jaden Lakou sont composés de plusieurs espèces en forme de strates. Une production à « étages » qui permet d’étaler les récoltes dans le temps pour subvenir aux besoins quotidiens des familles, de générer un revenu complémentaire grâce à la vente de cacao et de café mais aussi de protéger le milieu. Concrètement il s’agit de concentrer au niveau inférieur les cultures vivrières (manioc, igname, taro, riz, banane), de planter caféiers et cacaoyers au niveau intermédiaire, puis occupant les strates supérieures, on trouve diverses essences composées d’arbres fruitiers pour l’alimentation (mangues, citrus avocats), des arbres pour le bois d’ouvrage ou de chauffe (frêne, saman casia…) qui en plus apportent l’ombre nécessaire aux caféiers et cacaoyers. De véritables jardins vivants dont Genise et Osmite ont su convaincre les acteurs locaux qu’on pouvait en maximiser les rendements, diversifier la production, sans système lourd d’irrigation, sans intrants chimiques ni produits phytosanitaires mais, au contraire, en restaurant les écosystèmes naturels de leur île et en copiant ce que la nature cultive depuis toujours : la diversité.

Un engagement au long cours auprès des haïtiens 

Au-delà des plantations qui fournissent le matériel végétal, Genise et Osmite enseignent les bonnes pratiques agroécologiques. Par exemple, replanter des arbres pour remplacer ceux servant au bois d’ouvrage ou au bois de chauffe afin de freiner la déforestation ou encore préconiser le sarclage plusieurs fois par an et apprendre la bonne technique de taille des arbres pour optimiser la production. Si actuellement ces activités concentrent toute leur énergie, les deux jeunes femmes envisagent d’aller plus loin et mûrissent déjà de futurs projets.

La suite logique, après plantation, sera d’intégrer la transformation des fèves de chocolat : le processus de fermentation est une étape cruciale pour extraire toute la palette aromatique du cacao. C’est grâce à cette valorisation du produit que Genise et Osmite comptent développer la commercialisation à l’export. Leur prochain défi sera donc de trouver les bons circuits, les bons partenaires, notamment sur le marché européen où les chocolatiers plébiscitent la très grande qualité des crus d’origine haïtienne.

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