Décryptage

Agriculture biologique : quels bénéfices ?

Publié le 02 septembre 2021 , mis à jour le 06 septembre 2021

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Du 6 au 10 septembre, la ville de Rennes accueille le 20e congrès mondial de la bio, événement parrainé par Nicolas Hulot. Un événement inédit en France qui ambitionne de montrer que l’agriculture bio fait bien partie des solutions prioritaires face aux enjeux environnementaux et alimentaires du XXIe siècle. Biodiversité, pesticides, santé… entre idées reçues et arguments erronés, quels sont les bénéfices réels de la bio ? Faisons le point.

L’agriculture biologique a le vent en poupe ! En 2020, plus de 9 français sur 10 déclarent avoir consommé des produits biologiques et 13% en consomment tous les jours1. La dynamique de la bio en France est importante : elle est le 2e marché alimentaire bio de l’UE après l’Allemagne et les surfaces bio ont augmenté de quasiment 15% en 1 an. C’est aussi un secteur qui emploie près de 200 000 emplois directs.

Malgré le succès retentissant qu’elle connaît depuis quelques années, elle continue à soulever bien des questions. Nous vous proposons de rétablir la vérité sur un mode de production très vertueux à bien des égards !

Agriculture biologique, de quoi parle-t-on exactement ?

Revenons sur les fondements même de l’agriculture biologique. Cette dernière s’est développée en réaction contre l’utilisation massive des produits de synthèse (engrais et pesticides) dans les pays industrialisés dès les années 60. Elle se fonde sur la valorisation des processus biologiques naturels, sur l’équilibre entre le sol, les animaux et la culture, sur le respect des cycles naturels et s’appuie sur une approche globale de l’exploitation agricole et de son milieu. L’agriculture biologique est un mode de production qui allie le respect de la biodiversité, la préservation des ressources naturelles et le respect du bien-être des animaux à bien des égards (par exemple l’utilisation des cages, cases et sols grillagés ne sont pas permis quelles que soient les espèces).

© Deimagine / Istock

Dans la pratique, l’agriculture biologique est encadrée par un règlement européen qui précise les règles à suivre concernant la production, la transformation, la distribution, l’importation, le contrôle et l’étiquetage des produits européens. Comme cela est inscrit dans son cahier des charges, l’agriculture biologique est un mode de production exempt de produits de synthèse -pesticides et engrais- et d’OGM. C’est notamment sur cette base que sont certifiés les produits bio, par un organisme tiers pour être ensuite proposés aux consommateurs.

Ainsi, pour atteindre un équilibre favorable à la santé des cultures, les agriculteurs bio privilégient les rotations culturales longues et variées, l’autonomie alimentaire des troupeaux, l’économie des pesticides et des engrais.

L’agriculture bio : la réponse aux impacts globaux sur la santé, l’eau, la biodiversité, les sols, l’air

Au vu de l’urgence environnementale, l’agriculture biologique, tout comme plus largement l’agroécologie, restent les réponses les plus pertinentes aux impacts sur la santé, sur l’eau, la biodiversité, les sols, le climat et l’air.

Pourquoi ? Car ces solutions reposent sur la diversité à tous les échelons, du génome de la plante jusqu’aux territoires. Et selon une étude scientifique parue en novembre 20202 , cette diversification améliore la biodiversité, la pollinisation, le contrôle des maladies, le cycle des nutriments, la fertilité du sol, etc.

En plus de préserver l'environnement et notre santé, l’agriculture biologique a des atouts économiques très intéressants : elle est intensive en emplois, potentiel économique des exploitations agricoles intéressant, etc. En effet en 2020, le secteur bio est créateur d’emplois avec 200 000 emplois directs (dont 123 300 emplois directs dans les fermes). Ce nombre a été multiplié par 1,6 depuis 20163 ! Elle constitue donc une réponse très positive dans un contexte socio-économique difficile pour les agriculteurs et agricultrices4.

Pour toutes ces raisons, l’agriculture biologique (AB) doit être soutenue en priorité ! En effet, elle rend d’indispensables services écosystémiques que les lois du marchés actuelles ignorent et elle constitue une solution aux défis de l’emploi et de la juste rémunération pour les agriculteurs.

Le saviez-vous ? Les objectifs fixés pour la bio, pas encore atteints !

L’État français et la Commission européenne ont fixé pour objectif d’atteindre 15% de la surface agricole française en 2022 et 25% de la surface agricole européenne en 2030… Actuellement seuls 9,5% de la surface agricole française est en bio, et 12% des producteurs et 18% de l’emploi agricole français sont en bio. Les ambitions de développement affichées dans les textes doivent donc être confortées par des dispositifs de soutien clairs.

Pesticides : l’agriculture biologique répond à un cahier des charges strict et ambitieux !

L’agriculture bio est parfois attaquée pour le recours qu’elle fait de « pesticides utilisables en AB ». Pourtant, il est important de rappeler la rigueur de la réglementation bio et du cahier des charges : il est formellement interdit d’utiliser des pesticides (ainsi que des engrais) de synthèse, ce qui représente une grande majorité des pesticides vendus en France en 2020, et les plus préoccupants en raison de leur persistance et de leur rémanence, dans les écosystèmes comme dans les organismes des citoyens.

Pour être certifiés bio, les produits issus de l’agriculture biologique doivent très scrupuleusement respecter le règlement européen Bio cadré par la Commission européenne. Le mode de production biologique est extrêmement contrôlé, sur la base de contrôles au minimum annuels sur chaque ferme, certains de ces contrôles ayant lieu de manière non programmée.

L’agriculture bio agit au maximum en prévention pour lutter contre les maladies et les ravageurs en privilégiant des pratiques agricoles bénéfiques pour l’environnement pour se passer au maximum des traitements. Uniquement en cas de menace avérée pour une culture et seulement pour cette raison l’utilisation d’un « pesticide utilisable en AB » peut être autorisée. Ces substances à l’action pesticides sont toutes issues ou dérivées de substances naturelles (notamment pour faciliter leur dégradation dans l’environnement). Elles doivent être autorisées par le règlement européen encadrant l’agriculture biologique et bénéficier d’une autorisation de mise sur le marché délivrée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES)5. Aujourd’hui, une soixantaine substances actives naturelles sont autorisées par le règlement européen Bio.

L’utilisation de ces produits est également réglementée car ils peuvent avoir des effets indésirables pour la biodiversité. C’est le cas du soufre, du cuivre ou encore du Spinosad. Le cuivre est autorisé pour ses propriétés fongicides pour lutter contre le mildiou par exemple. D’ailleurs, si le cuivre est utilisable en agriculture bio, ce n’est pas en majorité sur les productions agricoles bio qu’il est réellement employé : selon l’Autorité Sanitaire de Sécurité des Aliments (EFSA), on retrouve en 2019 81% du total des résidus de cuivre dans les produits dits conventionnels et 4% dans les produits en bio.

A ce jour, l’agriculture bio est l’approche agroécologique sur laquelle elle est basée sont les modes de production les plus respectueux de l’environnement et de la santé. Cela, n’empêche pas de veiller à ce que l’agriculture bio continue de s’inscrire dans une démarche d’amélioration continue ! Cela passe notamment par :

  • une révision de la réglementation pour des exigences environnementales toujours plus ambitieuses en termes de suppression de certains produits ou de doses maximales autorisées.
  • un accompagnement massif et sans faille, notamment des pouvoirs publics, aux agricultrices et agriculteurs dans le long et nécessaire processus de transformation des systèmes de production.

Sources

1- Agence Bio, 2021 

2- Tamburini G. et al., “Agricultural diversification promotes multiple ecosystem services without compromising yield”, nov. 2020.

3- Agence Bio, 2021 

4-FNH, étude « Réduction des pesticides en France : pourquoi un tel échec ? », février 2021.

5- Agence Bio : L'agriculture biologique utilise-t-elle es pesticides ? 

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