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Agroécologie, la trajectoire à emprunter pour sortir des pesticides

Publié le 30 mars 2021

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La question revient sans cesse : Est-il viable de réduire drastiquement l’usage des pesticides dans notre système économique mondialisé ? La réponse est oui : par l’agroécologie ! Quelles sont les alternatives aux pesticides et leurs atouts ? La Fondation Nicolas Hulot répond point par point.

Réduire drastiquement l’usage des pesticides en France nécessite une transformation de l’ensemble du système agricole et alimentaire

Face au triple enjeux biodiversité-santé-économie, il est primordial de réduire de 50 % l’usage des pesticides d’ici 2025 (obejctif du plan Ecophyto 2+) jusqu’à s’en passer, tout en le conciliant avec l’amélioration du bien-être des agriculteurs et le renouvellement des générations d’agricultrices et d’agriculteurs. Pour sortir de cette spirale de la dépendance aux pesticides, il nous faut porter le changement sur toute la ferme, au regard des filières, du territoire et du reste du monde.

Pourquoi ? L’agriculture et l’alimentation sont deux systèmes économiques interdépendants reposant sur une myriade d’acteurs : coopératives agricoles, industriels, agriculteurs, distributeurs, consommateurs-citoyens, etc. Par exemple, si l’on décide collectivement de produire du blé sans pesticides, cela implique que l’on s’assure que les débouchés économiques existent pour ce blé et qu’ils soient rémunérateurs pour l’agriculteur qui le produit. Cela implique également que des citoyens et consommateurs soient capables et désireux de l’acheter. Réduire drastiquement l’usage des pesticides en France c’est donc envisager une transformation de l’ensemble du système agricole et alimentaire.

Pourtant aujourd’hui, la plupart des politiques publiques visant à répondre aux objectifs du plan Ecophyto sont extrêmement minoritaires : 

  • Moins de 1% des financements publics ont un impact avéré sur la réduction de l’usage des pesticides.
  • La quasi-totalité des financements publics et privés ont pour unique objectif d’améliorer les pratiques agricoles à la marge.

Or, penser les politiques publiques comme des pansements qui viennent masquer une défaillance ou corriger à la marge des modèles agricoles ne fonctionne pas. Ni en termes d'écologie, ni en termes de maintien de l’emploi, ni en termes d’usage d’argent public. L’INRAE rappelle qu’avec des changements de pratiques agricoles substantiels, la réduction envisageable du recours au pesticides est “seulement” de 30 %, donc loin des -50% fixés au niveau national. L’Institut de recherche explique que réduire les pesticides de moitié implique des changements profonds et majeurs des systèmes agricoles[1].

Les agriculteurs, otages des pesticides ? Pierre-Henri Guyon, membre du Conseil scientifique de la FNH

L’agroécologie : la voie à suivre pour assurer cette transformation profonde

L’agroécologie est une trajectoire d’innovations des systèmes agricoles. Cette approche vise à aménager durablement les écosystèmes agricoles en vue d’atteindre une alimentation durable. Elle repose sur la valorisation de la diversité à tous les échelons : du génome jusqu’au territoire. L’approche agroécologique demande ainsi d’aborder plusieurs dimensions simultanément :

Les dimensions du système agricole et alimentaire dans son ensemble :

  • la diversification des productions et des activités économiques,
  • la diversification des savoirs et des expériences entre acteurs,
  • la gestion de la fertilité, les productions végétales et animales, l’usage des terres,
  • le régime alimentaire des citoyens, les enjeux de santé, de sécurité et de souveraineté alimentaire, d’accès à l’alimentation,
  • la protection de la biodiversité et la lutte contre le dérèglement climatique.

Les dimensions agronomiques :

  • la diversification de sa production au sein d’une même parcelle ou à échelle pluriannuelle,
  • la biodiversité génétique des plantes cultivées,
  • l’appréhension des stratégies d’aménagement et de gestion de l’espace,
  • le développement significatif des infrastructures agroécologiques (haies, arbres, mares, habitats pierreux favorables aux insectes) et des prairies,
  • la valorisation des ressources et des potentialités agroécologiques locales,
  • la valorisation de la vie biologique des sols, le choix de la diversification des cultures, des systèmes de cultures et d’assolements.

L’agriculture biologique fait par exemple partie de ce “champ des possibles” au sein des agricultures qui relèvent de l’agroécologie. Selon Olivier De Schutter, ancien rapport spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, “l’agroécologie est une alternative viable au modèle agricole industriel dominant et constitue une solution aux problèmes de pauvreté rurale, de malnutrition, de changements climatiques et de perte de la biodiversité”.

10 ans pour rallier biodiversité, agriculture et économie

L’agroécologie, synonyme de solidité économique

L’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI)[2] a posé les bases d’une vision commune au niveau européen particulièrement prometteuse : un renouveau des systèmes agricoles et alimentaires reposant pleinement sur l’agroécologie. Ce projet mise sur l’abandon des pesticides de synthèse et le redéploiement des prairies et d’infrastructures paysagères en Europe d’ici 2050.

Selon le scénario de l’IDDRI, il est possible de nourrir sainement 350 millions d’Européens tout en préservant une capacité d’exportation, en reconquérant la biodiversité et en conservant les ressources naturelles, et ce, malgré une baisse de production par rapport à la situation actuelle. Les conditions d’un tel scénario sont l’abandon des importations de protéines végétales et l’adoption d’un régime alimentaire plus sain, basé sur les recommandations nutritionnelles en vigueur. Le scénario marque une rupture par rapport à ce que nous produisons et mangeons aujourd’hui néanmoins, cette transformation n’est pas plus importante que celle qui a eu lieu entre l’après-guerre et aujourd’hui.

Le renouveau du système agricole et alimentaire répondant aux principes de l’agroécologie est gagnant du point de vue de la biodiversité, des agriculteurs et des citoyens, car :

  • Le retour de la diversification à toutes les échelles est le socle d’un retour de la biodiversité. Selon une étude scientifique parue en novembre 2020[3], la diversification améliore la biodiversité : la pollinisation, le contrôle des maladies, le cycle des nutriments, la fertilité du sol, etc. sans compromettre le rendement des récoltes.
  • Le potentiel économique des exploitations agricoles économes en pesticides est intéressant. Selon France Stratégie, les exploitations agroécologiques présentent en général des résultats économiques pour les agriculteurs à moyen terme supérieurs à ceux d’exploitations dites “conventionnelles”. C’est particulièrement le cas des exploitations en agriculture biologique (AB) au terme de leur transition grâce à la réduction des charges liées à l’achat et à l’utilisation d’engrais et pesticides de synthèse, ainsi qu’aux prix de commercialisation des produits bio. À la meilleure rentabilité finale de l’AB s’ajoute une meilleure stabilité du résultat d’exploitation[4]. Selon un sondage récent, une majorité des agriculteurs en agriculture biologique voit pour avantage à la certification bio, la pérennisation de manière durable de leur ferme[5].
  • C’est un frein à la disparition des emplois. Les exploitations biologiques par exemple, emploient davantage de main-d’œuvre à l’hectare que l’agriculture conventionnelle, supérieur de 59 % par rapport au secteur conventionnel[6]. Cela est dû à deux mécanismes : le remplacement des pesticides par des pratiques plus intensives en travail et le fort engagement des fermes biologiques dans des démarches de commercialisation en circuits courts et de diversification.
  • C’est une réponse aux enjeux climatiques. Le scénario proposé par l’IDDRI offre un potentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre liés à l’agriculture entre 36 % et 40 % par rapport à 2010. En matière d’adaptation au changement climatique, la diversification des productions et des paysages agricoles constitue un autre atout important.
  • C’est une réponse aux enjeux sanitaires. Selon des études récentes, les consommateurs de produits issus de l’agriculture biologique ont moins de risques d’être victimes de de cancer et de diabète. Le risque de cancer est inférieur de 25 % chez les plus forts consommateurs de produits issus d’agriculture biologique. Selon des données issues de la cohorte NutriNet en novembre 2020, le risque de diabète de type 2 est réduit de 35 % chez les plus gros consommateurs de produits issus de l’agriculture bio.

Sources

[1] INRA, “Ecophyto R&D : Quelles voies pour réduire l’usage des pesticides ?”, jan. 2010.

[2] IDDRI, “Une Europe agroécologique en 2050 : une agriculture multifonctionnelle pour une alimentation saine”, sept. 2018.

[3] Tamburini G. et al., “Agricultural diversification promotes multiple ecosystem services without compromising yield”, nov. 2020.

[4] France stratégie, “Les performances économiques et environnementales de l’agroécologie”, août 2020.

[5] Bureau Veritas, “Agriculture biologique : les 3 raisons qui poussent les pros à se convertir”, fev. 2020.

[6] Agence Bio “L’agriculture bio en France”, 2018

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