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Automobile et virage vers l'électrique : quelles perspectives pour l’emploi ?

Publié le 13 août 2020 , mis à jour le 19 novembre 2020

Automobile

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Face à la crise du coronavirus et à l’effondrement du marché, la filière automobile et le gouvernement ont mobilisé des moyens conséquents : 8 milliards d’euros, pour relancer les ventes de voitures, mais aussi renforcer l’industrie en France. Objectif : produire 1 million de voitures électriques par an d’ici 2025 et relocaliser la production, notamment de batteries.

Cette ambition traduit un changement important pour toute la filière automobile, qui produit aujourd’hui un peu plus de 2 millions de véhicules par an, majoritairement essence ou diesel. Concrètement, qu’est ce que cela signifie pour l’emploi? A première vue, le virage industriel vers l’électrique représente une menace pour une part des emplois existants : la voiture électrique nécessite six fois moins de pièces lors de sa production et compte 60 % de composants en moins. Elle exige également moins de maintenance qu’une voiture thermique. Le virage vers l’électrique est-il une contrainte de plus, de trop dirait-on, pour ce secteur qui a déjà perdu 20% de ses effectifs en 10 ans ? Pas forcément, car en parallèle, les opportunités liées à la production de batteries, au déploiement du réseau de recharge, au recyclage, etc., ouvrent des opportunités majeures pour développer de nouvelles activités. Mais pour que la transition écologique du secteur soit une opportunité sur l’emploi, la France doit anticiper le virage.

Voiture électrique et emploi

L’essor annoncé du véhicule électrique en France

Les Français sont de plus en plus attirés par le véhicule électrique : sur les 7 premiers mois de l’année 2020, 6,14 % des immatriculations de voitures neuves étaient des voitures électriques, ce qui représente une progression de 128,2 % par rapport à l’année dernière. Ces chiffres très positifs traduisent le virage vers l’électrique qui est amené à se confirmer dans les années à venir, sous l’effet des nouvelles normes européennes, des attentes citoyennes et des politiques de circulation des grandes villes. La France doit par ailleurs respecter ses engagements environnementaux : en 2040, la vente des véhicules thermiques sera interdite.

Aussi, la problématique de la qualité de l’air est aujourd’hui devenue un sujet majeur au sein de la population française, qui souhaite que les aides apportées aux secteurs industriels soient accompagnées de garanties sociales et écologiques. Pour être en phase avec les objectifs climatiques et les attentes des Français, le secteur automobile doit donc incontestablement se tourner vers l’électrique. 

Le véhicule électrique : entre opportunités et menaces pour l’emploi

Depuis des années, la filière automobile française est en détresse : en 10 ans, 1 emploi sur 5 a disparu dans le secteur ! Dès lors, quel impact aura le virage vers l’électrique dans ce contexte ? 

Il faut savoir que la voiture électrique nécessite moins de main-d’oeuvre à sa production qu’une voiture thermique (jusqu’à trois fois moins de personnes) : 

  • les batteries demandent moins de travail humain que les moteurs
  • les boîtes de transmission électrique sont plus simples et le temps d’assemblage pour un véhicule électrique est réduit de 30 à 35 % par rapport à un véhicule thermique
  • La voiture électrique nécessite six fois moins de pièces lors de sa production et compte 60 % de composants en moins 

La composition même d’une voiture électrique diffère de celle d’une voiture thermique, ce qui affecte l’emploi. Alors que l’essentiel de la valeur d’une voiture électrique se situe dans la batterie (40 % du total), celle-ci — très intense en capital — ne l’est que très peu en termes de main-d’oeuvre… Avec l’électrification, certains métiers sont donc amenés à être fort en recul à l’horizon 2025, tels que les opérateurs de production, les caristes, les contrôleurs qualité ou encore les tôliers. 

Alors… le véhicule électrique est une mauvaise nouvelle pour l’emploi ? Non, mais il faut investir et anticiper. De nouvelles compétences vont être sollicitées par cet essor de l’électrique : des compétences liées à la conception du véhicule (électricité de puissance, big data) ou à la production (bobinage, habilitations électriques). Tout l’enjeu est donc que ce besoin en nouvelles compétences vienne surpasser le déclin de compétences comme l’usinage ou le traitement de surface des métaux, requises pour la production de véhicules thermiques.

Les conditions pour ne pas louper le virage de l’électrique

1/ Relocaliser la production 

La France a extrêmement délocalisé sa production automobile ces dernières années : en 2011, elle était le deuxième pays automobile en Europe et aujourd’hui, elle est passée à la cinquième place. En 2017, la France a assemblé près de 40% de voitures en moins qu’en 2005. De nombreux emplois sont donc délocalisés en Europe et dans le monde. De plus, la concurrence internationale est rude. Aujourd’hui, la Chine fabrique 1 voiture électrique sur 2 dans le monde. La production de l’ensemble des composants de la chaîne de traction électrique, dont les batteries, pourraient pourtant être produites en France ainsi que la production de véhicules à haute valeur environnementale (petits modèles électriques plus légers, 2 et 3 roues, modulables...).

Si la France ne veut pas s’enfermer dans une trajectoire incompatible avec la transition écologique, la spécialisation de la production dans des modèles type SUV doit cesser, au profit de modèles électriques plus légers

2/ Investir dans le développement de nouvelles activités créatrices d’emplois

Tout au long du cycle de vie du véhicule électrique, de nouvelles opportunités se présentent. Si la production nécessite moins de main d’oeuvre, des emplois sont à développer à d’autres étapes :

Production :

  • Investissements massifs dans la R&D : concevoir et éco-concevoir des batteries, plus sobres en ressources, plus efficaces, anticiper la prochaine génération de batteries...

Usage :

  • Construction d’infrastructures de recharge
  • Déploiement de services d’installation et de maintenance des bornes
  • Conception et installation de systèmes de pilotage de recharge
  • Déploiement massif des services de voitures partagées
  • Développement des filières de réemploi (pièces détachées) et des activités de rétrofit 

Recyclage et fin de vie :

  • Développement de la filière de recyclage de batterie

3/ Accompagner la transformation des métiers

Cette transition ne pourra pas se faire sans l’accompagnement des salariés, au travers de formations et d’aides à la reconversion, ce qui peut notamment se faire à l’échelon régional. Selon l’ONG T&E, l’accent devra notamment être mis dans l’ingénierie électronique et chimique, sur l’installation et la maintenance des infrastructures de charge, ainsi que sur les compétences numériques et logicielles.

Face au vieillissement de la main-d’œuvre de l’industrie automobile, la tâche principale des prochaines années sera de fournir aux nouveaux entrants sur le marché du travail les compétences requises dans l’industrie automobile de demain. Le nouveau plan de relance de la rentrée devra donc évoquer ces mutations de l’emploi et les moyens financiers qui seront mis à disposition pour les accompagner.

Prochainement… une étude sur l’impact de la transition écologique sur l’emploi dans le secteur automobile.

La Fondation Nicolas Hulot mène, depuis le début de l’année, un travail d’étude et de prospective sur les perspectives d’emplois dans le secteur automobile dans le cadre de la transition écologique. Cette étude est menée avec la CFDT, la Fondation européenne pour le climat, accompagnés par le bureau d’étude Syndex et l’IDDRI. Les premiers résultats de cette étude seront publiés à la rentrée 2020.

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