Décryptage

Chiffres sur l’usage des pesticides : démêlons le vrai du faux

Publié le 11 février 2021

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Mardi 9 février 2021, le Think Tank de notre Fondation publiait le rapport “Réduction des pesticides : pourquoi un tel échec ?”. Visant à démontrer le manque d’accompagnement du monde agricole vers la réduction des pesticides, nous posions comme point de départ de ce rapport l’échec des politiques publiques menées depuis 10 ans en citant un chiffre clé, issu de l’indicateur de référence validé par le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation : + 25% d’usage des pesticides entre 2009 et 2018. Alors que ce chiffre a fait l’objet de contestations, la FNH vous propose un éclairage précis.

25% de hausse des pesticides : un chiffre issu du NODU, l’indicateur de référence du plan Ecophyto


Depuis 2008, suite au Grenelle de l’Environnement, l’Etat s’est fixé pour objectif de diviser par 2 l’utilisation des pesticides en 10 ans. Pour atteindre cet objectif, le gouvernement a créé le plan Ecophyto. Et pour suivre les progrès du plan Ecophyto, il s’est doté d’un indicateur principal de suivi, le NODU : Nombre de Doses Unités.

Pourquoi le NODU est-il l’indicateur de référence de suivi du plan Ecophyto?

Le NODU exprime le nombre de traitements de pesticides appliqués à dose maximale sur une surface d’un hectare, rapporté à la surface agricole utile. C’est l’indicateur de référence du Plan Ecophyto, construit et validé par le Comité d’Orientation Stratégique  (COS) du plan Ecophyto. 
 
Le COS est composé de l’ensemble des parties prenantes nationales - syndicats agricoles, administrations, Institut, recherche, ONG, Etat. Son rôle est de suivre l’avancée des plans Ecophyto successifs et de discuter des moyens à mettre en place pour atteindre les objectifs.
 
Le NODU est un indicateur extrêmement fin, construit durant de nombreuses années par le COS afin d’obtenir un outil permettant de refléter au plus proche l’évolution de l’usage des pesticides en France et très précisément la pression sanitaire et environnementale des pesticides sur l'ensemble du territoire. Le NODU a été estimé robuste, efficace et aux données fiables par des scientifiques indépendants sélectionnés par l'Observatoire National de la Biodiversité.

Que permet le NODU, que ne permettraient pas d’autres indicateurs ?

Le NODU permet de s’affranchir des éventuelles substitutions liées aux progrès de la recherche des entreprises phytopharmaceutiques. Il permet de s’approcher le plus possible des réalités de dangerosité des pesticides notamment lorsque certaines substances actives sont remplacées par de nouvelles substances efficaces à des doses plus faibles et nécessitant donc un volume de produit moins important.

Comment se calcule-t-il ?

Le NODU rapporte la quantité vendue (en kg) à la dose maximale applicable sur un hectare (kg/ha). Pour une fiabilité maximale, il est calculé en moyenne triennale glissante. Le calculer sur 3 ans permet de s’affranchir des conditions climatiques et socio-économiques particulières pouvant advenir sur une période ponctuelle.

Réduction des pesticides en France : pourquoi un tel échec ?

Pourquoi le chiffre +25% de pesticides entre 2008 et 2018 est-il important à regarder ?

Car le premier objectif du plan Ecophyto donnait rendez-vous en 2018. Le plan numero 1 issu du Grenelle donnait en effet pour objectif une réduction de moitié de l’usage des pesticides en 10 ans, soit entre 2008 et 2018. Donc faire une photo sur cette période notamment en termes d’usage des financements publics et privés est essentiel et légitime. 
Non atteint, cet objectif a été revu : il s’agit désormais de réduire de 50% l’usage des pesticides jusque 2025.

Pourquoi le chiffre +25% de pesticides entre 2008 et 2018 est-il incontestable?

En janvier 2020, le ministère de l’Agriculture publiait une note de suivi du plan écophyto : page 45, cette note rapporte l’évolution du NODU entre 2008 et 2018. Si les chiffres 2019 sont absents de ce graphique c’est parce que le calcul du NODU n’a pas encore été fait pour l’année 2019 ! Ce chiffre 2019 est transmis par le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. Très attendu, il représente le dernier chiffre d’évolution en date du NODU, calculé en moyenne triennale glissante.
Dès juillet 2020, certaines ONG, dont la FNH, ont adressé un courrier au ministre de l’agriculture et de l’alimentation pour lui demander expressément la publication du NODU intégrant l’année 2019. Ce courrier est resté sans réponse. 
Lire le courrier adressé au Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation :
 
La Fondation Nicolas Hulot s’est donc basée sur les seuls chiffres validés et reconnus par le COS et le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, lui-même…

Pourquoi d’autres chiffres circulent-ils ? notamment -36 % de pesticides en 10 ans ?

A la suite de la publication de notre rapport, le chiffre de -36% de pesticides en 10 ans a été avancé, notamment sur twitter. Ce chiffre est calculé sur la base d’un autre indicateur : le QSA ou le suivi des quantités de substances actives vendues en France. 

Ce chiffre n’a pas été retenu comme l’indicateur de référence du suivi des pesticides car il n’est pas suffisamment précis. Comme le rappellent eux-mêmes, le ministère de l’Ecologie et le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation dans leur méthodologie de calcul du NODU :
 “un suivi simplifié de l’utilisation des produits phytopharmaceutiques pourrait être réalisé par le seul suivi des quantités de substances actives (QSA) vendues en France. Cependant, cette démarche serait susceptible de masquer la réalité compte-tenu des substitutions de certaines substances actives par de nouvelles substances efficaces à des doses plus faibles”. Le document précise par ailleurs que le QSA est un  indicateur complémentaire.


Par ailleurs, ce chiffre de -36% est obtenu en ne comparant que la seule année 2019 à 2009 (sans appliquer de moyenne triennale). Cette méthodologie, pour le moins hasardeuse, comporte un risque majeur : ne pas refléter des tendances structurelles d’évolution .


En effet, comment prouver que 2019 n’est pas le résultat reflétant la baisse des achats de produits du fait d’un stock constitué en 2018 juste avant l’augmentation des taxes au 1er janvier 2019?


Cette manière de changer d’indicateur en cours de route, pour un chiffre plus clément aux yeux de certains, interpelle aussi sur le risque de ne plus pouvoir assurer un suivi de l’efficacité des politiques publiques si l’on modifie les indicateurs de référence validé après un long travail en commun

A quand la publication du NODU pour 2019 ?


La FNH attend maintenant la publication du NODU pour 2019 qui respectera la méthode de calcul validée, reflétant la tendance 2008-2011 à 2017-2019. Nous espérons également que les pouvoirs publics auront entendu l’enjeu que représente la mise en cohérence des objectifs et des moyens très importants existants,  si l’on veut réussir à atteindre collectivement -50% d’usage des pesticides en France d’ici 2025.

A travers son rapport, la Fondation Nicolas Hulot n’ambitionnait pas de démontrer l’évolution de l’usage des pesticides - qui fait encore une fois l’objet de publications officielles - mais bien d’apporter des éléments d’explications sur constat univoque d’augmentation de l’utilisation de pesticides, constat par ailleurs public depuis 1 an.

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