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COP22: quel chemin pour transformer notre économie?

Publié le 15 novembre 2016 , mis à jour le 09 novembre 2020

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L’objectif de l’Accord de Paris, signé à la COP21 fin 2015, est de limiter la hausse des températures bien en dessous de 2°C. Atteindre cet objectif nécessite une transformation radicale de notre modèle économique en passant du modèle fortement dépendant aux énergies fossiles à un modèle bas carbone fonctionnant à 100% aux énergies renouvelables. À l’occasion de la COP22, la Fondation Nicolas Hulot vous fait part de ses impressions, de ses rencontres et de ses analyses sur la mutation qu’il nous faudra faire de gré ou de force. Où en est-on vraiment ? La transformation est-elle (déjà) en cours ? 

COP22 et economie

 

Jeudi 17 novembre :  Parviendra-t-on à anticiper les transformations à venir pour bien les vivre?

par Alix Mazounie, chargée des relations extérieures

Hier, enfin une bonne nouvelle pour égayer les longues journées de la COP22. En réunion de coordination des ONG, j'apprends que les États-Unis et l’Allemagne ont publié la version « zéro » de leur feuille de route, expliquant comment ils comptent transformer leur économie entre aujourd’hui et 2050. La France et la Chine ne devraient pas tarder à faire de même, comme elles s'y sont engagées il y a quelques mois à l'occasion du G7 au Japon. 

Reboostée par ce rayon de soleil, les questions ont vite commencé à se bousculer dans ma tête : comment et quand allons-nous mener cette réflexion ? Comment adapter nos pratiques industrielles ? Quel sera le modèle économique de la France en 2050 ? Comment transformer notre modèle agricole industriel fortement émetteur de gaz à effet de serre ? Comment les énergies renouvelables vont-elles remplacer le pétrole et le gaz ? Et va-t-on réussir à isoler tous nos bâtiments ? Comment éviter des crises et des tensions sociales dans cette transformation ? Comment assurer l’avenir des salariés des secteurs en mutation ? 

Heureusement, nous ne partons pas de rien. La France a déjà commencé à programmer la transition. Elle s’est fixée l’objectif du « facteur 4 » (réduire nos émissions de GES de -75% à horizon 2050) ; elle a adopté la loi de Ségolène Royal sur la transition énergétique (réduire nos émissions de GES de -40% 2030) ; elle a élaboré la Stratégie Nationale Bas Carbone (qui alloue des budgets carbone à chaque pan de l’économie jusqu’en 2028) et elle a concrétisé ces objectifs dans une loi de programmation énergétique.  Ensemble, ces documents de planification représentent des avancées importantes mais ne sont pas suffisants pour respecter l’objectif fixé dans l’accord de Paris. Facteur aggravant : ils ne traitent pas véritablement des grandes mutations industrielles et sociales nécessaires. Tout ça contribue à limiter leur ambition et ne permet pas toujours de protéger les salariés dans les secteurs principalement concernés. 

Or, on ne peut plus continuer à opposer les deux enjeux, les mouvements sociaux et les mouvements écologiques doivent faire corps si l'on veut que le climat et l’environnement créent des emplois et que la transition écologique ne se fasse pas dans la douleur. 

L’Allemagne en a déjà fait les frais. Une amie allemande m’a raconté comment les syndicat s’étaient opposés à l’annonce d’amorcer la fin des mines et des centrales à charbon et a tordu le bras de l’exécutif pour qu’il revienne dessus. Depuis, le gouvernement en a tiré les leçons : l'Allemagne s’est dotée d’une vision à 2050, elle compte toujours fermer de nombreuses centrales à charbon mais aussi lancer une « commission de planification stratégique » qui aura vocation à traiter des questions sociales et de reclassement des salariés concernés. Cette démarche me semble être la bonne : se fixer des caps de long terme pour permettre aux acteurs économiques de planifier leur transformation dès aujourd’hui et créer un espace de discussion avec les partenaires sociaux pour s’assurer que cette transformation ne se fera pas au détriment des travailleurs mais bien avec eux et que seront créés des outils adaptés. 

 

En France aussi, il nous faut inventer les contrats de la transition, négocier des portes de sortie pour les salariés des secteurs les plus exposés, les accompagner dans leur reconversion professionnelle, leur trouver un nouvel emploi stable ou leur proposer une retraite anticipée. On pourrait créer un comité de transition juste pout organiser un dialogue inclusif avec l’ensemble des parties prenantes concernées (syndicats et branches professionnelles, représentants des employeurs, mais aussi des consommateurs, territoires). On pourrait ainsi faire d’une pierre deux coups : écrire ensemble la feuille de route de la France vers la neutralité des émissions de gaz à effet de serre à horizon 2050 tout en posant les bases d’un Code du Travail de la Transition Energétique.

 

Mercredi 16 novembre : Vers un moratoire sur l’exploitation des énergies fossiles ?

par Alix Mazounie, chargée des relations extérieures

Un an après la COP21, me voilà de retour à la COP22. Je fais partie de celles et ceux qui considèrent que l’accord de Paris aurait pu être pire mais aurait dû être mieux. Qu'il ne posait que la première pierre de la réponse à la crise climatique et que tout restait à faire pour à la fois concrétiser les engagements fixés à la COP21 et aller plus loin et aller plus vite. Pour moi, c’est à la COP22 que doit s’écrire la suite de l’histoire si on veut qu’elle se termine bien. Le 2ème chapitre de cette histoire de l’humanité doit raconter pourquoi les gouvernements de la planète ont décidé de faire la guerre aux énergies fossiles et comment ils ont programmé leur fin étape par étape. En commençant par décider de ne plus explorer de nouvelles réserves et de ne plus construire de nouvelles centrales. 

Un peu sonnée le 12 décembre 2015 au soir, ce n’est que plusieurs semaines plus tard, à tête reposée, que j’ai pris conscience de l’importance de l’objectif fixé par l’accord de Paris : éviter de dépasser le seuil de 1,5°C de réchauffement et atteindre la neutralité en gaz à effet de serre dans la 2ème moitié du siècle. Derrière ces mots complexes se cache une réalité simple : d’ici quelques décennies, il faut que nos modèles économiques, industriels et agricoles n’émettent pas plus de gaz à effet de serre qu’ils ne sont pas en capacité de stocker. Or, on sait maintenant avec certitude que notre budget carbone à ne pas dépasser nous impose de laisser 2/3 des réserves en gaz, pétrole et charbon sous le sol. Un récent rapport de Oil Change International va même un peu plus loin dans l’analyse: il nous explique que les projets fossiles actuellement en développement suffisent à eux seuls à dépasser notre budget carbone autorisé. En effet, on compte 1500 centrales à charbon en construction dans le monde, 280 centrales en activité en Europe, des terminaux gaziers et méthaniers en construction, des tuyaux gigantesques d’acheminement des sables bitumineux de l’Alberta canadien vers le reste du monde en phase de validation. Clairement, les Etats n’ont pas encore décidé de renoncer aux énergies fossiles, le mot apparaît à peine dans les textes de l’accord de Paris. 

En même temps, je ne désespère pas : les projets charbon ont diminué de 14% depuis l’année dernière, la Une du Financial Times au lendemain de la COP21 annonçait la fin programmée des énergies fossiles, l’essor des énergies renouvelables et la dynamique de désinvestissement financier croissante. La bonne nouvelle, c’est que ça n’est pas l’argent qui manque, il est simplement investi à l’envers. De plus en plus d’acteurs financiers ont conscience que ces investissements sont de plus en plus risqués et qu’une prochaine crise financière pourrait être liée à une bulle carbone. Ils sont nombreux à avoir annoncé vouloir rediriger leur capital et intérêts dans les solutions d’avenir et tourner le dos aux énergies fossiles.

La COP22 intervient au carrefour entre ces deux chemins. Il n’est pas trop tard pour investir des centaines de milliards dans la transition écologique afin de nous permettre de mettre un terme à notre addiction au pétrole, charbon et gaz tout en retrouvant notre autonomie énergétique et agricole, respirer et manger sainement, créer les emplois demain. Il ne s’agit pas des mots creux, mais bien ce à quoi aspire ma génération. Mais pour y arriver, les puissances publiques doivent aller plus loin et plus vite. Le président de la République française y a appelé les chefs d’Etat rassemblés une nouvelle fois à la COP22. 

Pour moi, aller plus loin et plus vite, c’est montrer l’exemple et envoyer des signaux clairs aux investisseurs et acteurs économiques. 

On entend le bruit de l’arbre qui tombe mais trop rarement celui de la forêt qui pousse : j’espère que les investisseurs, acteurs économiques et politiques tendront une oreille attentive.

 

C’est dans ce contexte que 400 organisations de la société civile - soutenues par des personnalités comme Ed Norton, Mark Ruffalo et Susan Sarandon -  ont appelé les chefs d’Etat à annoncer un moratoire sur la construction de nouvelles infrastructures fossiles, sur l’exploitation de nouvelles mines à charbon, sur de nouvelles plateformes de forage pétrolier et gazier.

C’est dans ce contexte que des communautés se mobilisent partout dans le monde dans les zones d’exploitation pour alerter sur les dangers d’une exploitation abusive de ces ressources.

C’est dans ce même contexte que des acteurs économiques organisent la transition énergétique, montent des projets d’énergies renouvelables, d’éclairage propre, de mobilité douce, d’isolation des bâtiments pour préparer un monde sans énergies fossiles et faire en sorte que la question ne se pose plus.

Quelque part, le « moratoire » est déjà à l’oeuvre sur les territoires.

 

Mardi 15 novembre: Transformer (enfin) le commerce en outil pour lutter contre le changement climatique

par Samuel Leré

Lorsque j’ai relu l’Accord de Paris, j’ai été frappé de voir qu’il ne faisait à aucun moment référence aux échanges commerciaux. Ce n’était pas un oubli, cela résultait plutôt d’une volonté de certains partis et notamment l’Union Européenne, de ne laisser aucun point pouvant limiter les échanges commerciaux.

Onze mois plus tard, rien à changer ou presque. Bien sûr, les grandes organisations internationales se sont réunies pour la première fois lors d’un « side-event » samedi 12 novembre à la COP22 pour présenter les liens entre commerce et diminution des émissions de gaz à effet de serre. Je déplore cependant le discours présenté qui défend un libre-échange absolu pour lutter contre le changement climatique.

Il y a un an, j’espérais que les choses avaient en partie changé, que le monde économique avait pris conscience que l’Accord de Paris entrainerait des changements en profondeur et que rapidement les premiers signaux se feraient sentir. Sur les politiques commerciales, le chemin semble encore très long. J’aime à rappeler que le commerce international n’est ni bon pour la planète ni mauvais. Si le pétrole est privilégié (ou pire encore le pétrole issu des sables bitumineux), le commerce deviendra l’un des plus grands émetteurs de GES.

À l’inverse, avec le déploiement des technologies vertes comme les panneaux solaires, le commerce peut se transformer en acteur de la transition énergétique. Pour le moment, cette distinction n’est pas faite et les Etats comme les agences internationales continuent de prôner le développement du commerce sans faire la distinction entre les énergies fossiles et les produits agricoles. Cette dernière catégorie est particulièrement problématique puisque qu’elle entraine deux conséquences négatives. D’un côté, elle incite les populations (notamment les plus démunies) à se spécialiser sur un type de produit afin de multiplier les exportations ce qui équivaut à promouvoir une agriculture intensive fortement émettrice de gaz à effet de serre. Et d’un autre, la conséquence de cette spécialisation est de rendre les Etats vulnérables aux variations des prix du marché et aux aléas climatiques.

Ce qui s’applique aux marchandises s’applique également aux capitaux et si les investissements dans les énergies propres sont facilités, ceux pour les énergies fossiles doivent être écartés.

La COP22 peut marquer un tournant si la volonté politique est au rendez-vous. En ce sens, la déclaration du dernier sommet du G20 peut apparaître comme un bon signal. Un accord sur les biens environnementaux censé faciliter l’accès aux technologies pour les pays les plus pauvres pourrait être conclu d’ici la fin de l’année. Pour autant, ces négociations se déroulent toujours sans aucune transparence.

 

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