Projets soutenus

Une ressourcerie végétale qui sème l’espoir

Publié le 27 août 2021 , mis à jour le 15 septembre 2021

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Sortir les gens de la rue et les ramener, en douceur, vers l’emploi tout en sauvant des milliers de plantes vouées à être jetées, tel est l’objectif de la brocante verte. Cette ressourcerie végétale que Solène et Aude développent depuis un an sur l’île de Nantes est un projet que nous sommes fiers de soutenir. 

Et si le sauvetage des plantes ne trouvant pas preneur dans les circuits classiques de distribution pouvait aider à remettre sur le chemin de l’emploi des personnes qui n’ont pas, elles aussi, trouvé leur place dans la société ? C’est le parallèle que Solène et Aude ont rapidement établi en échafaudant ce projet original de ressourcerie pour donner une seconde chance aux hommes et aux végétaux. Récupérées auprès de pépinières, jardineries, paysagistes, grandes surfaces nantaises et chez les particuliers, les plantes invendues sont valorisées et revendues par des personnes en situation de grande précarité. Des femmes et des hommes sans domicile fixe, tous âges confondus, à qui ces deux jeunes entrepreneuses proposent une voie vers l’insertion professionnelle.

© Equipe bénévole de la Brocante Verte

Des horaires souples pour un retour à l’emploi en douceur

De retour en France, Solène et Aude, toujours aussi impliquées, s’engagent auprès du Secours Catholique à Paris. Puis, arrivant en Loire Atlantique, elles constatent qu’à Nantes comme ailleurs dans les grandes métropoles, les institutions ne sont pas adaptées pour accompagner les sans domicile fixe vers l’emploi (soit environ 7 000 personnes en situation de rue en Loire Atlantique). Les systèmes de prise en charge ne tiennent pas suffisamment compte de leur situation : des contrats d’insertion de 26h imposant des horaires trop contraignants, le manque de formation par un défaut d’encadrement et un accompagnement insuffisant pour les sociabiliser aboutissent trop souvent à un retour dans la rue.

« Il fallait trouver un projet valorisant, qui reste souple et adapté, compte tenu des grandes disparités des parcours des uns et des autres ». Le mode opératoire sera donc une activité de travail à l’heure. L’obtention de l’agrément régional grâce à la validation par la direction de l’emploi (la DIRRECTE Nantes) dans le cadre du programme premières heures en chantier d’insertion octroie une aide aux jeunes entrepreneuses.

Être embauché par la brocante verte signifie pour ces personnes en exclusion de pratiquer plusieurs activités sur le terrain aussi basiques que conduire un vélo cargo ou un véhicule électrique pour collecter les invendus chez les partenaires et particuliers, prendre soin des plantes pour leur donner une seconde vie, organiser l’espace pour la mise en rayon en magasin, s’occuper de la vente et de la relation client, mais aussi accompagner Solène et Aude dans les entreprises, les écoles, les restaurants dont certains souhaitent, d’ores et déjà, confier à la brocante verte la végétalisation de leur espace intérieur, de leur cour ou de leur terrasse…

La filière végétale nantaise valorisée

Gaspillage alimentaire et gaspillage végétal : un même combat !

Après avoir vécu dans des bidonvilles en Asie, Solène confesse que le gaspillage des ressources lui est insupportable. Le réemploi est, on l’a bien compris, à double sens, le maître mot de son projet. C’est ainsi qu’elle peut s’enorgueillir d’avoir réussi, avec son équipe, à valoriser 6,5 tonnes de végétaux vivants sur les 7,5 tonnes récupérés en trois mois. Une belle performance alors que la brocante verte, toujours en attente de son agrément (attendu en mars 2022) pour accueillir contractuellement des salariés est toujours en période de « calibrage ». En dernier recours, les végétaux non valorisés trouveront chez un producteur nantais de terreau local une fin honorable comme fertilisant naturel ou paillage.

La brocante verte participe également à la relocalisation de la filière végétale

En proposant régulièrement des ateliers de valorisation ( conseils, entretien, arrosage..) réunissant bénévoles -avec ou sans domicile fixe !-, partenaires et clients, et en organisant des événements avec des professionnels (fleuriste pour un atelier rempotage, horticulteur souhaitant partager ses techniques de production 100% française et locale) Solène et Aude veulent également sensibiliser les publics citadins au gaspillage, à la saisonnalité mais aussi à la provenance et au mode de production.

Qui, en effet, a conscience que les graines d’un ficus peuvent provenir d’Asie ? que les jeunes pousses peuvent grandir en Espagne ? puis, à grand renfort de plastique, être transférées dans des godets pour rejoindre Amsterdam, principale plateforme commerciale de plantes en Europe, avant d’être transportées par camion, avion et autres transports émetteurs de gaz à effet de serre ? N’y a t-il pas là une bonne raison pour leur donner une seconde vie ? Les jardineries, pépiniéristes, grandes et moyennes surfaces ayant parfois des plants moins qualitatifs, des invendus, des problèmes de stocks comprennent cela de mieux en mieux.

Parfois frileux à confier une part de la production par peur de la concurrence, les acteurs de la filière profitent, au final, d’une bonne visibilité de leur production à laquelle la brocante verte ne manque pas de faire référence quand il s’agit d’orienter les clients vers les circuits traditionnels, puisque bien sûr le catalogue de la brocante verte reste fluctuant et ne peut couvrir toutes les demandes.

 

Crédits photos : Equipe bénévole de la Brocante Verte

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