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La nature fait le mur en plein cœur de Lyon

Publié le 30 novembre 2020

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Forts de leur expertise et animés d’une belle énergie, Quentin et Victorine s’associent en 2015 et fondent « Des Espèces Parmi’Lyon ». L’objectif de cette association naturaliste est de sensibiliser les habitants de Lyon à l’incroyable richesse de la biodiversité de leur ville, afin de les encourager à préserver ou à restaurer la nature dans l’espace urbain. Parmi les nombreuses initiatives de l’association, le projet de végétalisation des façades d’un quartier du 1er arrondissement de Lyon « La nature fait le mur » est lauréat 2020 de notre programme Génération Climat. Le soutien financier et logistique qu’apporte la Fondation Nicolas Hulot via Génération Climat s’adresse aux jeunes de 15 à 35 ans développant des projets intégrant l’environnement, la biodiversité mais aussi la solidarité. Un cahier des charges que « La nature fait le mur » remplit à 100% et auquel la Fondation est heureuse de s’associer.

La nature fait le mur : une solution concrète d’aménagement urbain

Végétaliser les façades, une solution pour les zones très urbanisées

Le premier arrondissement de Lyon, avec 20 000 habitants au mètre carré, était encore il y a peu le plus densément peuplé d’Europe. Et pourtant, même dans un milieu très bétonné comme celui-ci, les experts de l’équipe Des Espèces Parmi’Lyon prouvent qu’il est possible de repenser son rapport au vivant et à la nature. C’est ce qu’ils proposent aujourd’hui aux habitants qui vivent autour de la place des Terreaux (nom de circonstance !), la partie sud-est de l’arrondissement. L’option retenue de végétalisation des façades repose sur un choix éclairé. La configuration de cette zone hautement minéralisée, particulièrement dense au niveau du bâti, avec des rues tunnel, laisse peu de place pour des plantations au sol. Qu’à cela ne tienne, à défaut d’être horizontale, la couverture végétale grimpera à la verticale.

Après obtention des autorisations auprès des propriétaires et/ou AG de copropriétaires dont les façades de bâtiment sont concernées, la ville a validé le projet et délivré, in fine, le permis de végétaliser. La voirie prendra aussi en charge le décaissage, au pied des murs, de la partie de trottoir nécessaire aux semis. Dix centimètres suffisent à ces micro-plantations florales. A savoir que la technique est expérimentée à Rennes depuis une dizaine d’années avec succès.

Le programme « La nature fait le mur » concernera dans un premier temps 30 façades végétalisées, de 2 à 4 mètres de large - soit 120 mètres linéaires dans la fourchette haute.

« Reproductible bien sûr dans tous les quartiers de toutes les villes »

s’enthousiasme Quentin.

La nature fait le mur : une opération zéro déchet 

Semences et plantes made in Lyon

Les premiers semis auront lieu en janvier-février 2021 par la communauté de bénévoles. L’idée étant de favoriser le retour d’une biodiversité locale, les variétés de plantes sont exclusivement prélevées autour du lieu de plantation, parfois même les graines sont issues de rejets parvenant à pousser dans les interstices du trottoir, on ne peut rêver plus local ! Il s’agit bien là de favoriser la recolonisation des variétés se plaisant dans le moindre espace laissé vacant parmi lesquels la clématite vitalba, le houblon, la bryone, et le lierre observés en cet endroit du quartier.

Utilisation de matériaux recyclés

Dans le même esprit et, en partenariat avec la Maison de l’Économie Circulaire, les treillis utilisés comme tuteurs pour les plantes – environ deux mètres de haut - seront fabriqués avec un cadre en tiges d’acier issues de matériaux de récupération sur les chantiers, tout comme les câbles de seconde main composant le quadrillage.

Un compost 100% local

Quant au lombricompost localement produit par l’association Eisenia, il ne contient aucune tourbe. À ce sujet, Quentin précise que la tourbe, dont l’exploitation est interdite en France est malheureusement présente dans la majeure partie des terreaux vendus dans le commerce :

« Quel jardinier ou consommateur lambda sait qu’elle provient en général de tourbières de Finlande et d’Irlande, avec un effet dévastateur pour ces zones humides qui constituent pourtant d’importants puits de carbone et de riches réservoirs de biodiversité ? »

Quentin

Végétaliser la ville : de nombreux bénéfices pour la nature et l’Homme

Végétaliser la ville permet la création des îlots de fraîcheur

Créer et entretenir des espaces verts permet de lutter contre les îlots de chaleur urbains. Mais au-delà de la baisse de la température, la végétalisation va aussi permettre de restaurer l’équilibre de la biodiversité. Ce que Quentin explique aisément suite au diagnostic écologique qu’effectue Des Espèces Parmi’Lyon en amont de chaque aménagement de l’espace urbain. « Dans les zones sujettes à des hausses sensibles de température, notre travail d’expertise a permis d’observer l’émergence, à l’échelle du quartier, d’un microclimat de type méditerranéen. Un réchauffement suffisant pour rompre l’équilibre et permettre l’arrivée d’espèces dites invasives dans la mesure où elles occupent la niche écologique de celles adaptées au climat local habituel : coléoptères, pollinisateurs sauvages, dépendants des essences locales… »

Végétaliser, c’est bon pour la biodiversité

À court terme, les plantations et/ou la restauration d’espaces verts en ville entraînent le retour d’animaux. Sur un temps long, cette végétalisation contribue à l’instauration d’une trame verte, véritable corridor écologique restituant ou perpétuant la circulation de la biodiversité en milieu très urbanisé. Qui pourrait imaginer qu’une parcelle végétalisée, même réduite, en centre-ville peut héberger jusqu’à 1 600 espèces ? Depuis deux ans, les travaux d‘observation de l’association lui ont permis de recenser 60 espèces d’abeilles, au moins 250 de mouches, 300 de coléoptères et minimum 300 variétés de plantes herbacées !

La végétalisation permet le drainage et dépollution

Même sur une largeur modérée, soit une quinzaine de centimètres, débétoner les trottoirs au pied des façades perméabilise le sol et augmente la surface de drainage des eaux de pluie dans un quartier très minéralisé.

A cela s’ajoute le service de phytoépuration qu’offrent les plantes par la filtration d’une partie des polluants de l’eau et des particules nocives de l’air.

Végétaliser la ville crée du lien social

Au-delà de l’amélioration du cadre de vie plébiscitée par les habitants en général, effectuer des plantations à l’échelle d’un quartier favorise le rapprochement social. Une dynamique qu’entretient l’association Des Espèces Parmi’Lyon autour d‘événements fédérateurs (conférences, visites de quartiers, inventaires participatifs…) pour impliquer la communauté de bénévoles, les habitants, les associations de quartier et les mairies référentes. Un aspect non négligeable puisque cohabitent dans ce quartier une population scindée en deux : une catégorie plutôt aisée et des jeunes en situation de précarité.

Innovante, Des Espèces Parmi’Lyon imagine la ville de demain où la nature et les liens sociaux figurent au premier plan. Experte dans les solutions proposées pour exploiter le potentiel de végétalisation dans l’espace urbain, l’association tient à réaliser un reportage explicatif et des fiches techniques, disponibles à tous et librement consultable sur son site. Une belle idée de partage d’expériences que le soutien financier de Génération Climat aidera à mettre en ligne. Projet inspirant, « La nature fait le mur », est un coup de coeur auquel la Fondation Nicolas Hulot apporte un soutien sans réserve.

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