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La croissance verte est un nouveau mythe

Publié le 11 septembre 2015 , mis à jour le 19 novembre 2020

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Lors de son intervention au Forum Convergences «zéro exclusion, zéro carbone, zéro pauvreté», Gaël Giraud a souligné combien la croissance du PIB, au coeur de notre modèle économique, dépendait de l'augmentation de la consommation d'énergies fossiles. 

Or le réchauffement climatique et la raréfaction du flux d'énergies que nous sommes capables d’extraire du sous-sol, condamnent ce modèle. C'est pourquoi, il est si nécessaire d'inventer "un autre type de prospérité". Dans un entretien accordé à Coralie Schaub, journaliste à Libération, il précise sa pensée.

Extraits : "Vous nous dites, en substance, que nous avons peu de chances de résoudre la crise climatique si nous ne remettons pas en question la notion de croissance du PIB, donc notre modèle économique ?

Oui. Cela revient à se demander si nous pouvons faire de la «croissance verte», si nous pouvons découpler l’augmentation du PIB de celle de la consommation d’énergies fossiles, donc des émissions de gaz à effet de serre. Ma réponse est : très vraisemblablement non. Car aujourd’hui, il n’y a aucune preuve empirique montrant qu’un tel découplage est possible. Dans ces conditions, il se peut que la «croissance verte» soit un nouveau mythe, qui invite à continuer avec notre cécité actuelle. Il faut arrêter de nous anesthésier la conscience en nous disant «on arrivera à découpler un jour».

Et arrêter d’utiliser la croissance du PIB comme condition sine qua non à tout projet économique et politique. Par exemple, il ne faudrait pas que l’aptitude d’un scénario énergétique à favoriser ou non l’augmentation du PIB soit utilisée comme critère pour le rejeter ou non. Car la hausse du PIB, ce n’est plus le vrai sujet : si un projet crée des emplois, s’il améliore la balance commerciale et s’il rend les gens heureux, c’est cela qui est important. C’est juste cela, mon point de vue. Mais c’est extrêmement subversif pour certaines institutions.

Comment mener à bien ce projet, ce nouveau modèle de société ? 

Nous avons besoin d’une vision dynamique, c’est-à-dire inscrite dans l’histoire. Ce qui suppose des étapes, une feuille de route, etc. de la transition écologique, au cœur de laquelle se situeraient les biens communs, au sens de l’américaine Elinor Ostrom [prix Nobel d’économie 2009, ndlr], par exemple. C’est-à-dire les biens destinés à tous mais dont l’usage privé peut priver l’accès à tous, comme la faune halieutique de nos océans. La pêche industrielle en eaux profondes menace de faire disparaître les poissons de nos océans entre 2040 et 2050. La marchandisation des océans n’est donc pas la solution. Il faut inventer de nouvelles institutions en charge de protéger et de promouvoir les communs.

Comment expliquez-vous que les économistes s’intéressent aussi peu à la question des ressources naturelles, du climat, des limites physiques de notre planète ?

Parce que l’économie néo-classique, qui est devenue dominante depuis les années 1970, est une économie hors-sol élaborée en chambre et qui confond le réel avec des contes de fée. 

 Retrouvez la totalité de l'entretien sur le site de libération

http://www.liberation.fr/monde/2015/09/07/climat-la-croissance-verte-un-nouveau-mythe_1377741

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