Communiqué de presse

Réduction des Pesticides: 1% des financements publics est réellement efficace

Publié le 11 février 2021

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Dans un rapport inédit, le Think tank de la Fondation Nicolas Hulot met en évidence le déficit d’accompagnement des agriculteurs et agricultrices par les financements publics et privés :

Parmi les principaux pays utilisateurs de pesticides en Europe, la France ambitionne d’en réduire l’usage de 50% à horizon 2025. Pourtant, le recours à ces produits a augmenté de 25% en 10 ans. Pour comprendre les raisons d’un échec qui ne dit pas son nom, le Think tank de la Fondation Nicolas Hulot s’est intéressé aux financements publics et privés perçus par les acteurs agricoles et alimentaires au cours des 10 dernières années : Quels sont-ils ? Où vont-ils ? Concourent-ils vraiment à accompagner les agriculteurs vers la réduction drastique des pesticides ? Un travail mené durant 1 an avec le Basic1 aboutit à une conclusion sans appel : depuis 2008, la France a donné au monde agricole de grands objectifs à atteindre sans lui en donner les moyens.

Les principaux enseignements du rapport
« Réduction des pesticides en France, pourquoi un tel échec ?” »

  • Les acteurs agricoles et alimentaires perçoivent 23,2 milliards d’euros par an par le secteur agricole et alimentaire. Seul 1 % de ces financements a des effets avérés sur la réduction de l’utilisation de pesticides.
  • Le financement du plan Ecophyto représente 0,3% des soutiens publics annuels au secteur agricole et alimentaire : une goutte d’eau dans un océan de financements.
  • Les financements privés (emprunts, levées de fonds) prolongent les effets des financements publics, en maintenant le statu quo.
  • Cet échec alimente la dualisation en cours de l’agriculture : +55% de consommation des pesticides en 10 ans sont à imputer à 9% des exploitations françaises. A l’inverse des exploitations moins utilisatrices qui en consomment toujours plutôt moins.
  • Plus de 60% des exploitations pourraient changer de modèles si elles étaient vraiment accompagnées.
  • La PAC est essentielle mais elle n’est pas tout : il existe également des marges de manoeuvre nationales conséquentes pour accompagner et responsabiliser l’ensemble des acteurs agricoles et alimentaires.

Sur 23,2 milliards d’euros de fonds publics perçus annuellement par les acteurs de l’alimentation, seul 1% a un effet avéré sur la réduction des pesticides…

Le Think tank de la FNH a réalisé le premier panorama des financements publics versés aux acteurs de l’alimentation. Il en ressort un chiffre inédit à ce jour : ils perçoivent 23,2 milliards d’euros par an, qui comprend les financements publics dont la PAC, mais aussi les dispositifs d’allègements fiscaux dont bénéficient les acteurs économiques.

Le rapport montre que sur ces financements conséquents, seuls 11% ont pour intention de répondre à l’objectif de réduction des pesticides. Mais la réalité est bien pire. En réalité, seul 1% y contribue de manière avérée ! Un comble en termes d’efficacité de l’usage de l’argent public alors même que la nécessité de réduire l’utilisation des pesticides est dans toutes les bouches, et que les résultats des politiques menées depuis 10 ans sont catastrophiques : +25% d’usage des pesticides entre 2009 et 2018.
La conclusion est claire : les pouvoirs publics donnent au monde agricole des objectifs de réduction de l’usage des pesticides, aussi nécessaires qu’ambitieux, sans lui donner les moyens de les atteindre. Cela est d’autant plus inacceptable que les marchés agricoles et alimentaires ne rémunèrent pas suffisamment la production agricole.


Des financements privés tout aussi conséquents qui confortent le système en place

Évalués à 19,5 milliards d’euros par an, les financements issus des acteurs privés - banques, coopératives agricoles… - pèsent à peu près autant que les financements publics. Ils se trouvent essentiellement sous forme de prêts qui sont davantage mobilisés par les exploitations agricoles les plus utilisatrices de pesticides (60% d’emprunts de plus que les exploitations les moins intensives en pesticides).


Concernant les autres acteurs de la chaîne alimentaire étudiés, 85% des emprunts bancaires par les industries agroalimentaires sont majoritairement contractés par les grandes entreprises et entreprises de taille intermédiaire2. Or, la majorité du chiffre d’affaires de ces entreprises est associée à des produits issus de matières agricoles “conventionnelles”, utilisatrices de pesticides.


Ainsi malgré un contexte d’incitation à la réduction de l’usage des pesticides, les financeurs privés restent passifs et alimentent in fine le statu quo.


La double analyse public/privé met également en évidence que le poids de l’échec est trop souvent mis sur les épaules des agriculteurs, alors que la responsabilité est bien du côté des pouvoirs publics et de l’ensemble des acteurs agricoles et alimentaires.


Un échec qui alimente une dangereuse dualisation de l’agriculture


Le rapport démontre également que le groupe des agriculteurs les plus utilisateurs de pesticides (9% des exploitations agricoles et 7% de la surface agricole utile) a augmenté sa consommation de 55% en 10 ans. Cette évolution s’explique essentiellement par la croissance de cet ensemble d’exploitations agricoles (en termes de nombre d’exploitations comme de surface agricole). Autrement dit, les plus gourmands en pesticides, toujours plus nombreux et plus grands, tirent les chiffres de consommation vers le haut. En corollaire, les exploitations les moins utilisatrices de pesticides ont réduit leur consommation de 1% en 10 ans; elles occupent 31% de la surface agricole mais voient leur nombre diminuer.


Entre les deux, il apparaît que 57% des exploitations se situent dans la moyenne des consommations et se trouvent à la croisée des chemins. Pour elles, les prochaines années seront déterminantes car elles semblent se trouver sur une ligne de crête.

Ainsi, les exploitations faiblement à moyennement utilisatrices représentent 91% des exploitations agricoles. Ce sont bien elles, en priorité, que les pouvoirs publics doivent accompagner pour faire pencher la balance du bon côté: leur donner un cap et des perspectives, sécuriser leur transformation, assurer la rémunération des systèmes agricoles vertueux et booster les installations et transmissions en agroécologie. Ce dernier point est clef : dans 10 ans, la moitié des agriculteurs seront partis à la retraite. Le renouvellement des générations est donc clé pour atteindre les objectifs écologiques. La France doit se donner pour objectif 100% d’installations en agroécologie dans 10 ans.

Accompagnement, renouvellement des générations et responsabilisation et... 10 ans pour réconcilier agriculture, biodiversité et économie


La PAC peut énormément. Ainsi, son application nationale -via le plan stratégique national actuellement en formalisation- devra pousser tous les curseurs suivants :

  • 5 fois plus de moyens pour rémunérer les systèmes de production en agriculture biologique et accompagner la conversion.
  • 40% du premier pilier dédiés à des paiements aux agriculteurs pour les services environnementaux qu’ils fournissent
  • Ne préserver que quelques “Mesures Agroenvironnementales et Climatiques systèmes” et renforcer très fortement leurs ambitions et leur financement.
  • Transformer la dotation jeunes agriculteurs en une dotation avec une aide largement bonifiée pour les installations en agroécologie sans critères d’âge.
  • Soutenir les démarches d’accompagnement de collectifs engagés dans l’agroécologie et l’alimentation durable.
  • 63 millions d’euros de financements annuels pour la mise en place de 1.254 Projets Alimentaires Territoriaux Ecologiques et Solidaires en France.

Mais la PAC ne peut pas tout : les financements nationaux comptent pour 53% à 60% de la part des montants qui bénéficient au système agricole et alimentaire. Ils jouent donc un rôle central dans la dynamique de réduction des pesticides.

La mise en place d’une fiscalité bonus-malus bien pensée basée sur le principe pollueur-payeur peut être un outil efficace pour à la fois responsabiliser l’ensemble des acteurs du secteur alimentaire -utilisateurs de pesticides mais également distributeurs et transformateurs, grande distribution et producteurs de pesticides…- (malus) et accompagner les agriculteurs dans la transition (bonus).


En effet, sans un engagement plein et entier de l’ensemble du secteur comme de leurs financeurs privés, les objectifs seront loin d’être atteints et les agriculteurs resteront les seuls à faire les efforts nécessaires.


La cohérence des politiques publiques et l’engagement des acteurs privés ne serviraient pas seulement la cause de la biodiversité. Ce serait le fondement d’un nouveau contrat entre l’agriculture et la société, mettant fin à la dissonance historique entre les objectifs assignés à l’agriculture et les moyens qu’on donne aux acteurs pour y répondre.

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