Décryptage

Sondage | Science et transition écologique : en qui les Français ont-il confiance ?

Publié le 10 novembre 2020 , mis à jour le 23 avril 2021

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Alors que la science est utilisée comme une référence pour justifier les décisions prises dans le cadre de la gestion du Covid-19, la Fondation Nicolas Hulot publie avec Ipsos un sondage sur « les attitudes des Français à l’égard de la science, et plus spécifiquement en matière de transition écologique ». Si les Français conservent une grande confiance dans la science, et dans les associations environnementales, ce sondage met au jour des doutes : intérêts privés, capacité des pouvoirs publics à disposer de connaissances scientifiques suffisantes pour prendre les bonnes décisions… Des constats partagés et étayés dans le livre « Quelles sciences pour le monde à venir face au dérèglement climatique et à la destruction de la biodiversité ? » (Editions Odile Jacob), publié par le Conseil scientifique de la FNH, à l’occasion de ses 20 ans.

Les Français ont confiance dans la science et dans les associations environnementales

La science avec un grand S, celle des figures de Marie Curie ou de Pasteur garde une appréciation très positive : 90% des Français déclarent avoir confiance dans la science. De même, 80% des Français pensent que les risques du changement climatique sont correctement évalués par les scientifiques.

Interrogés plus spécifiquement sur la crédibilité scientifique des associations environnementales, 67% des Français déclarent avoir confiance en elles, en particulier les femmes et les 18-34 ans. 73% des sondés disent également faire confiance aux associations environnementales pour s’appuyer sur des faits scientifiquement avérés.

Pour la FNH qui travaille depuis 20 avec le monde scientifique pour faire avancer les enjeux de transition écologique, c’est une reconnaissance du sérieux et de la transparence du travail des organisations de défense de l’environnement.

Plus le sujet est soumis à controverses et intérêts privés, plus la confiance des Français s’érode

Comme le souligne le Conseil scientifique de la Fondation dans son livre, la science n’est pas indépendante des jeux de pouvoir. La recherche scientifique connaît selon lui trois grands types de contraintes : économique (les grandes entreprises subventionnant majoritairement les recherches), politiques (les exemples de censure en matière de recherche environnementale se multipliant, aux Etats-Unis notamment), mais aussi des contraintes d’ordre idéologique (dans certains pays, des pistes de recherches pouvant être bloquées en raison de certaines croyances religieuses).

Ces suspicions des jeux de pouvoir ressortent clairement lorsque les Français sont interrogés plus finement sur les domaines de la science.

Plus les sujets font l’objet de controverses au sein de la société, plus le doute semble s’installer : le nucléaire, la 5G, les OGM, le Coronavirus ou les pesticides passent ainsi en dessous de la barre symbolique des 50% de confiance, dont seulement 33% pour les pesticides. Ce résultat donne une résonnance particulière aux discussions actuelles portant sur le projet de loi visant à ré-autoriser les pesticides néonicotinoïdes, dont la dangerosité pour les pollinisateurs n’est plus à démontrer...

Des doutes que l’on retrouve dans la capacité de prise de décision des politiques

Le sondage montre également que les Français doutent du bon usage des connaissances scientifiques par les pouvoirs publics.

Près de 4 Français sur 10 doutent ainsi de la capacité des pouvoirs publics à disposer de connaissances scientifiques suffisantes pour prendre les bonnes décisions concernant le changement climatique, domaine où les enjeux sont pourtant particulièrement bien documentés et mis au débat public. Pire, on tombe à 1 Français sur 2 concernant les pesticides.

Une majorité de Français estime également que les décisions des pouvoirs publics sont prises plus pour des raisons politiques que scientifiques. Par exemple 73% des Français estiment ainsi que les raisons politiques ont été favorisées pour l’utilisation des pesticides, 76% pour la production d’énergie nucléaire et 79% pour la 5G.

Les Français réitèrent leur attachement au principe de précaution

Dans ce contexte politique où d’aucuns cherchent à montrer que la transition écologique passera par la technoscience, 69% des Français estiment que si les scientifiques ne sont pas d’accord entre eux sur les risques d’une nouvelle technologie, il vaut mieux la stopper quitte à rater des applications utiles pour la société. C’est un soutien massif au principe de précaution pourtant régulièrement remis en cause dans le débat politique.

Quelles solutions pour retrouver pleinement confiance en la science et la remettre au cœur de la transition écologique ?

Dans son ouvrage, le conseil scientifique de la Fondation fait 5 propositions très concrètes :

  1. Accroître le rôle de la recherche au service de la transition écologique
  2. Améliorer la qualité du travail scientifique et sa communication au public
  3. Renforcer l’intégrité scientifique
  4. Modifier la gouvernance scientifique
  5. Accroître l’éducation à la formation sur les enjeux scientifiques du climat et de la biodiversité

DECOUVRIR LE LIVRE DE NOTRE CONSEIL SCIENTIFIQUE

“Quelles sciences pour le monde à venir ?” aux éditions Odile Jacob

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Pour approfondir le sujet

Le Conseil scientifique de la FNH publie : « Quelles sciences pour le monde à venir ? »